Hommage aux chefs militaires de la Grande Guerre, dont Pétain — France

Claudine Rigal
Novembre 10, 2018

" Grand soldat " ayant fait écraser les mutineries de soldats refusant d'être de la chair à canon en 1917, puis ayant ordonné le massacre de dizaines de milliers de Marocains durant la guerre d'indépendance en 1925-1926 et l'insurrection du Rif avant d'être collaborateur du régime nazi, la figure de Pétain était à manier avec précaution par l'Élysée. "Emmanuel Macron serait avisé de s'inspirer de Jacques Chirac: le Maréchal Pétain a couvert de sa gloire le déshonneur de la collaboration et de la participation de l'Etat à la déportation des Juifs".

" C'est une cérémonie en hommage aux chefs militaires, du caporal au général", a déclaré mardi le porte-parole des armées Patrik Steiger à l'AFP, soucieux de couper court aux polémiques sur le format de l'hommage, qui ne sera pas ouvert à la presse.

La secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes s'est elle aussi exprimée sur le sujet, via son compte Twitter, pour faire désenfler la polémique: "Le Président de la République ne va PAS le célébrer", insiste-t-elle, rappelant que le maréchal Pétain, "traître à la patrie, a été condamné à l'indignité nationale". Le maréchal Pétain, quand il a dirigé la France pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été complice de crimes profonds qui ont été reconnus.

Les polémiques autour de Pétain ne sont pas récentes: dès 1951, son inhumation avait déjà suscité la controverse entre partisans et détracteurs du maréchal.

Pourtant, Emmanuel Macron n'est pas le premier président à saluer le rôle de Philippe Pétain en 1918.

Enfin Gabriel Attal dénonce les "polémiqueurs": "Ce que je veux dire, c'est que depuis hier l'amicale des polémiqueurs est à nouveau de sortie (...) Comment peut-on imaginer une seule seconde que le Président de la République veuille réhabiliter Pétain comme je l'ai lu de la part de petits polémiqueurs".

Sauf que ce n'est pas si simple. Une gerbe sera déposée devant les tombeaux des cinq maréchaux inhumés aux Invalides. "Pourquoi revenir au culte étroit des chefs militaires, largement discuté et discutable?", s'interroge Nicolas Offenstadt, historien spécialiste de la Première Guerre mondiale. Mon chef d'état-major sera présent à cette cérémonie. Mais l'Elysée s'en était étonné auprès du journal d'investigation à la mi-octobre. Son entourage avait estimé qu'un tel hommage posait "problème", notamment en raison de la présence du maréchal Pétain.Car la présidence avait senti l'orage venir. Et de citer une source élyséenne: "Si l'on honore Pétain, on aura des polémiques avec la France Insoumise ou la communauté juive ". Ce sera chose faite quelques heures plus tard, peu avant 18 heures. "On réussit sans vous", a rétorqué le syndicaliste, sifflé par nombre de ses collègues qui ont applaudi le président. Il a été organisé par l'armée - "validé par l'Élysée" - et est destiné à rendre hommage aux chefs militaires de la Grande Guerre, du caporal au général. "Nous avions annoncé que nous honorerions les maréchaux de la Grande Guerre".

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