Le gouvernement du Pakistan cède aux islamistes — Asia Bibi

Claudine Rigal
Novembre 4, 2018

Les principaux axes routiers étaient restés fermés et des dizaines de milliers de personnes avaient dû renoncer à se rendre à leur travail ou à leur école et avaient subi des heures entières de blocage dans les transports.

Dès mercredi, à l'annonce de la libération d'Asia Bibi, les islamistes du Pakistan manifestaient dans la rue pour protester. Le réseau mobile était coupé vendredi dans les grandes villes et la circulation très perturbée dans le pays.

Son avocat lui, a préféré quitter le pays, craignant pour sa vie. Ceux-ci sont parvenus à faire plier les autorités, après trois jours de manifestations géantes qui ont paralysé le pays.

L'armée pakistanaise a mis en garde les extrémistes protestant contre l'acquittement de la chrétienne Asia Bibi que sa "patience" avait des limites. Le sujet du blasphème est explosif au Pakistan et le cas de Mme Bibi si extrême que sa famille juge hors de question de rester au Pakistan si elle est libérée. "L'Occident a toujours essayé de modifier cette loi mais nous résisterons", a lancé un orateur devant la foule.

En effet, après trois jours de protestations et de blocus, le porte-parole du parti Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP) à l'origine des appels à manifester, a appelé à la levée des barrages. "Nous avons décidé de rester sur place et aucune menace ne nous effraiera", a-t-il dit dans la nuit de jeudi à vendredi, selon une vidéo visible sur le site du parti.

"Pourquoi (les manifestants) punissent-ils les pauvres pour ce qu'ont fait des juges?", s'est lamenté vendredi Jabbar Khan, un vendeur de parfums quadragénaire à proximité du site d'une manifestation.

De nombreux Pakistanais ont salué ce ton de fermeté mais s'inquiètent de voir le chaos s'installer et les autorités hésiter à intervenir.

"Il s'agit d'une affaire judiciaire et l'armée n'a rien à voir avec cela".

" Nous allons nous battre et exploiter tous les recours légaux pour nous assurer qu'elle soit pendue, conformément à la loi ", a-t-il ajouté. "Un gouvernement de plus a capitulé face à des extrémistes religieux violents qui ne croient ni en la démocratie, ni en la Constitution ", déplore le quotidien Dawn dans son éditorial samedi.

"Le gouvernement semblait s'être finalement rendu compte qu'il était temps d'affronter les religieux radicaux mais cette perception a commencé à s'estomper dès le lendemain lorsque le gouvernement a annoncé qu'il négociait avec les manifestants", conclut-il.

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