Pétain "grand soldat" selon Macron, le Crif se dit "choqué" — Grande guerre

Claudine Rigal
Novembre 7, 2018

Avec les sept autres maréchaux de la Grande guerre, Philippe Pétain sera célébré samedi aux Invalides, lors d'une cérémonie à laquelle participeront les responsables militaires français dont le chef d'état-major particulier du président, l'amiral Bernard Rogel.

Emmanuel Macron a jugé ce mercredi " légitime " l'hommage qui sera rendu samedi aux maréchaux de la Première Guerre mondiale, dont le maréchal Pétain, soulignant la complexité de l'homme, " grand soldat " en 14-18 ayant fait des " choix funestes " en 39-45.

Une cérémonie organisée par l'état-major des armées et le gouverneur militaire de Paris, rapportait alors Mediapart. "L'hommage aux maréchaux est une demande assez récurrente qui émane du monde militaire au sens large". Le chef de l'Etat y restera jeudi, avec des étapes prévues à Maubeuge (Nord), Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) et Arras. Car Emmanuel Macron a choisi d'assumer ouvertement ce qu'il, il y a quinze jours, tentait de déminer. Selon lui, "le maréchal Pétain a été pendant la Première Guerre mondiale aussi un grand soldat". C'est aussi ce qui fait que la vie politique, comme l'humaine nature, sont parfois plus complexes que ce que l'on voudrait croire. Emmanuel Macron est revenu ce mercredi devant la presse sur la polémique en assurant qu'il ne souhaitait pas la réhabilitation de l'ancien chef de l'État français, frappé d'indignité nationale en 1945 pour sa collaboration active avec l'Allemagne nazie, mais qu'il revendiquait de regarder "toute notre histoire en face".

Et c'est là que la polémique s'est réellement emballée.

Plusieurs élus, surtout à gauche, ont également protesté. "Le maréchal #Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18". "Pétain est un traître et un antisémite".

Cette polémique est une nouvelle source d'embarras pour l'exécutif au beau milieu de "l'itinérance mémorielle" entamée dimanche à Strasbourg par Emmanuel Macron et qui se terminera ce week-end par les célébrations du centenaire en présence d'une soixantaine de dirigeants étrangers. L'Histoire de France n'est pas votre jouet", a tweeté le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, "Jean-Luc Mélenchon? "Rien ne justifie une telle honte", a jugé sur Twitter le patron de Génération.s, Benoît Hamon. Bien vu: Jean-Luc Mélenchon a immédiatement fustigé la déclaration d'Emmanuel Macron, tout comme Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). "La dégradation nationale fait partie des peines afflictives et infamantes qui entraîne notamment la perte de certains droits dont la perte du rang dans les forces armées", souligne le Crif.

De la victoire aux "choix funestes".

A l'Assemblée nationale, le chef du gouvernement Edouard Philippe a lui-même tenté d'éteindre l'incendie en martelant sa volonté de regarder le passé "dans toute sa complexité". Depuis sa condamnation, le débat n'a jamais été tranché. "L'état-major a souhaité rendre hommage à des maréchaux qui sont aux Invalides, le maréchal Pétain n'est pas aux Invalides, donc c'est clair". "Le rôle de Pétain a été primordial durant la Première Guerre mondiale et il était extrêmement populaire parmi les poilus", explique-t-il. "Il ne s'agit aucunement de rendre hommage au chef du régime de Vichy", a-t-il ajouté, tout en estimant qu'il était impossible de " dissocier le combattant de son chef ". Et invoquant des propos tenus en 1966 par le général de Gaulle. "Lui seul pouvait évoquer tout à la fois la gloire acquise en 1916 et, je le cite, 'les défaillances condamnables' de 1940".

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