Cinq jours de débat avant un vote historique — Brexit

Claudine Rigal
Décembre 4, 2018

Capture d'écran du système de retransmission vidéo du Parlement britannique.

Si le Parlement britannique venait à se prononcer contre cet accord, Theresa May pourrait demander un nouveau vote après renégociation avec l'UE, mais un tel revers rapprocherait la Grande-Bretagne d'un Brexit sans accord, avec le risque d'un choc plus violent pour l'économie britannique que la crise financière de 2008, et accentuerait la pression sur May pour qu'elle démissionne.

Mais avant qu'elle ne puisse s'adresser aux députés, ceux-ci ont commencé à débattre en début d'après-midi d'un possible "outrage au Parlement" commis par le gouvernement pour avoir refusé de publier la totalité de l'avis juridique britannique sur l'accord de divorce, comme l'avaient demandé les députés le mois dernier.

"C'est très significatif sur les plans constitutionnel et politique".

Lundi, lors d'un débat enflammé au Parlement, l'Attorney General (ministre chargé de conseiller juridiquement le gouvernement), a déclaré que le texte contenait des éléments "insatisfaisants" mais qu'il garantissait une sortie "pacifique et ordonnée" de l'UE.

Theresa May doit donner mardi le coup d'envoi de cinq jours de débats cruciaux au Parlement.

Les plus fervents "Brexiters" estiment quant à eux que le Royaume-Uni ne va pas franchement couper les ponts avec l'UE, tandis que les europhiles espèrent encore faire marche arrière.

"Cette querelle a suffisamment duré".

Le référendum de juin 2016, remporté à 52% par le camp du "Leave", a laissé le pays profondément divisé. Mais son appel à l'unité a été régulièrement interrompu par des députés remontés.

Nigel Farage
L'armée britannique n'utilisera plus Galileo

L'ex-chef conservateur de la diplomatie, Boris Johnson, l'a qualifié d'"humiliation nationale tournant le Brexit en dérision", empêchant le Royaume-Uni d'avoir le contrôle de sa politique commerciale et de ses frontières.

Elle ne dispose en effet que d'une courte majorité à la chambre des Communes, alors que son allié nord-irlandais, le parti unioniste DUP, s'oppose à l'accord au même titre que les 80 députés conservateurs favorables à un "Hard Brexit", à savoir les travaillistes, les europhiles du parti libéral-démocrate et les députés écossais indépendantistes. Le DUP a d'ailleurs voté contre le gouvernement mardi, a reconnu le député Nigel Dodds.

Elle joue aussi son avenir.

Le Labour compte déclencher une motion de défiance si Theresa May échoue à faire adopter le texte. Mme May affronte en outre certains eurosceptiques de son propre camp, qui voudraient aussi la renverser.

Bonne nouvelle pour ces derniers: le Royaume-Uni pourrait, s'il le souhaite, décider unilatéralement de renoncer à quitter l'Union européenne, a estimé mardi l'avocat général de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), dans un avis ne liant pas les juges de l'institution.

En effet, le départ en masse des "Brexiters" du navire de Theresa May est la goutte qui fera certainement déborder le vase, selon la presse britannique. "Ce pays ne peut se permettre de passer les dix prochaines années à tourner en rond autour de la question de notre relation avec l'Union européenne".

Le traité de retrait comprend notamment la facture du divorce dont devra s'acquitter le Royaume-Uni, évaluée entre 40 et 45 milliards d'euros, garantit les droits des Européens vivant au Royaume-Uni et des Britanniques dans l'UE et définit une période de transition qui débutera après le Brexit, prévu le 29 mars 2019, pour durer jusqu'en décembre 2020.

Ce mécanisme controversé, qui consiste à créer un "territoire douanier unique" englobant l'UE et le Royaume-Uni, avec un alignement réglementaire plus poussé pour l'Irlande du Nord, n'entrerait en vigueur qu'après la période de transition, si aucune meilleure solution n'était trouvée.

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