Le cauchemar sans fin de Patrick Dils — Procès Heaulme

Claudine Rigal
Décembre 5, 2018

Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, avaient été retrouvés morts sur le talus d'une voie ferrée dans cette commune voisine de Metz, le crâne fracassé à coups de pierre, au soir du 28 septembre 1986.

"Mais ce n'est pas possible, ça recommence...", avait soupiré Patrick Dils, la tête entre les mains. Un double meurtre qui a valu à Patrick Dils, 16 ans à l'époque, d'être condamné à tort à la perpétuité. Son premier procès avait été annulé en raison de révélations impliquant un autre suspect, Henri Leclaire, qui a finalement bénéficié d'un non-lieu. Le 17 mai 2017, la cour d'assises de la Moselle avait estimé que le " routard du crime " était, malgré ses dénégations, coupable de ce double crime et l'a condamné à la perpétuité.

"J'ai fait des choses monstrueuses, je le reconnais", a-t-il ajouté, évoquant alors Joris Viville, un garçon de neuf ans pour le meurtre duquel il a été condamné. Pendant ce procès Heaulme a répété inlassablement: "Montigny, c'est pas moi".

En 1998, son avocat présente une requête en révision après avoir appris que le tueur en série Francis Heaulme demeurait à l'époque à proximité des lieux du crime. A la suite de l'acquittement et la libération de Patrick Dils, l'instruction avait été rouverte, avec dans le collimateur Francis Heaulme, incarcéré depuis 1992 pour une série de meurtres commis un peu partout en France. Heaulme fait donc son retour devant les assises et est condamné à la perpétuité pour la troisième fois de son parcours criminel. Cependant, il "n'accepte pas qu'on dise qu'il a tué les enfants de Montigny", assure son avocate, Me Liliane Glock.

Pour l'accusation, malgré l'absence de toute preuve matérielle, détruites ou introuvables, la culpabilité du tueur ne fait aucun doute.

Pour l'accusation, la présence attestée sur les lieux de Francis Heaulme, les témoignages de deux anciens codétenus ayant recueilli ses confidences et des similitudes avec quatre de ses meurtres - une " quasi-signature criminelle " - le désignent comme le meurtrier.

Heaulme, s'il a toujours nié, a parfois reconnu avoir vu les enfants vivants, puis morts, et a décrit avec précision les lieux.

La mère de Cyril, Chantal Beining, a, pour la sixième fois, écouté le pénible rappel des faits, assise sur une chaise près de son avocate, Me Dominique Boh-Petit.

Au contraire, la famille d'Alexandre Beckrich "n'attend rien" du procès, jugeant qu'il n'y a que des "impressions, des intuitions" à l'encontre de M. Heaulme.

Pendant deux heures, le président de la cour d'assises avait auparavant remonté le fil de ce dossier judiciaire hors norme, dans lequel cinq procès ont déjà eu lieu en 32 ans.

Ce procès, qui se tient à quelque 350 kilomètres de la Moselle, doit se dérouler jusqu'au 21 décembre, avec l'audition de 81 témoins dont plus d'un quart par visioconférence.

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