Le gouvernement Macron cherche d'urgence la sortie | MARIE WOLFROM | Europe — Gilets jaunes

Xavier Trudeau
Décembre 4, 2018

Le profil des premiers "gilets jaunes" jugés à Paris, dont certains ont écopé de prison ferme, est bien loin du profil-type du casseur ou du délinquant: des hommes souvent jeunes, intégrés, venus de toute la France.

Une réunion au sommet s'est tenue lundi soir à l'Élysée autour d'Emmanuel Macron, Édouard Philippe et une dizaine de ministres, dont François de Rugy (Transition écologique) et Bruno Le Maire (Économie) qui avaient écourté un déplacement à l'étranger.

Matignon a par ailleurs confirmé l'annulation de la réunion avec des "gilets jaunes" prévue mardi après-midi, après avoir entendu la veille de nombreux responsables politiques lui demander un moratoire sur la hausse des taxes.

"Nous sommes au point d'une première étape, qui aurait pu être atteinte il y a plusieurs semaines sans colère, sans contestation, sans casse et sans violence", a indiqué de son côté Benjamin Cauchy, porte-parole en Haute-Garonne.

"Maintenant nous attendons également des états généraux de la fiscalité pour une meilleure répartition des richesses, il faut arrêter de taper dans la poche des petits contribuables", a-t-il ajouté. Emmanuel Macron et Edouard Philippe se sont rendus sur place pour constater les dégâts ce dimanche ( Notre article).

"Mieux vaut tard que jamais" mais il faut aussi un coup de pouce au Smic, a réagi Ségolène Royal.

"Insuffisant ": le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau a accueilli avec prudence l'annonce. "Ça n'est évidemment pas à la hauteur des attentes et de la précarité dans laquelle se débattent les Français", a réagi dans un tweet la présidente du Rassemblement national (RN, ex-FN), dont l'électorat soutient fortement le mouvement selon plusieurs études.

À l'exception d'Europe Écologie-Les Verts et de Génération Écologie, toutes les formations d'opposition avaient plaidé pour un "moratoire " dans la hausse prévue le 1er janvier des taxes sur le carburant, mot d'ordre initial du mouvement des "gilets jaunes " dont la dernière manifestation samedi a donné lieu à de nombreuses scènes de violence et de guérilla urbaine.

Auparavant, le Premier ministre avait reçu les chefs des formations politiques représentées au Parlement. Marine Le Pen et la France insoumise ont évoqué une dissolution de l'Assemblée, et le PS a brandi une proposition de loi de "sortie de crise" avec des mesures en faveur du pouvoir d'achat.

Jacline Mouraud, qui était à l'origine d'une vidéo virale sur la "traque aux automobilistes", fait partie de ces "gilets jaunes libres" ayant appelé dimanche à une "sortie de crise".

Parmi les membres historiques les plus connus des "gilets jaunes", Éric Drouet a appelé à l'intensification du mouvement de contestation lors de nouvelles manifestations samedi prochain.

Mercredi à l'Assemblée et jeudi au Sénat, un débat se tiendra avec tous les partis, a-t-on indiqué à Matignon, où se sont succédé en consultation les chefs des principaux partis politiques. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, auditionné lundi soir à l'Assemblée, a admis que le maintien de l'ordre devait s'adapter à des manifestants de plus en plus déterminés et mobiles, car "nous avons des doctrines qui ne sont plus adaptées à la réalité".

Les syndicats lycéens contre les réformes dans l'Éducation nationale avaient jusqu'à présent peiné à mobiliser.

Au moins 73 suspects (sur 378 interpellés) étaient poursuivis lundi devant le tribunal correctionnel de Paris en vue de leur procès. Les violences du week-end à Paris ont donné lieu au chiffre record de 363 gardés à vue, selon le parquet de Paris.

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