"Je ne quitterai pas ma chambre" — Saoudienne arrêtée

Claudine Rigal
Января 7, 2019

La représentation du HCR à Bangkok a indiqué "tenter d'avoir accès" à elle "pour évaluer son besoin de protection internationale".

Rahaf Mohammed Al-Qunun a su habilement médiatiser son cas grâce aux réseaux sociaux. Cette affaire prend en effet une dimension particulière après le récent meurtre au consulat saoudien d'Istanbul en Turquie du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Elle devait au départ être renvoyée en Arabie saoudite via le Koweït dans un avion qui a décollé lundi matin de Bangkok. "Le vol est finalement parti sans elle car elle s'est barricadée dans une chambre d'hôtel de l'aéroport", a raconté Phil Robertson, représentant de l'ONG Human Rights Watch en Asie.

"Si elle ne veut pas partir, elle ne sera pas renvoyée contre son gré", a déclaré lors d'un point presse le chef de la police de l'immigration thaïlandaise, Surachate Hakparn, ajoutant qu'elle allait rencontrer dans la journée, comme elle le demande, des représentants du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR).

La jeune femme affirme avoir subi des violences physiques et psychologiques de la part de sa famille et craint pour sa vie si elle rentre dans son pays.

Recours rejeté. Une avocate thaïlandaise a annoncé lundi le rejet d'un recours qu'elle avait déposé pour tenter d'empêcher l'extradition de cette Saoudienne.

La jeune femme envisage de demander l'asile en Australie pour lequel assure disposer d'un visa. La forte pression internationale, additionnée à celle des réseaux sociaux, a fini par convaincre les autorités thaïlandaises de s'en tenir aux règles internationales protégeant d'expulsion tout demandeur d'asile en danger de mort dans son pays d'origine. Canberra a contacté le HCR et les autorités thaïlandaises pour "obtenir des garanties" afin qu'elle puisse accéder au processus d'obtention du statut de réfugié, a indiqué un porte-parole du gouvernement australien.

L'arrestation et l'éventuel renvoi dans son pays de Rahaf Mohammed Al-Qunun ont suscité de vives réactions et des pétitions ont été lancées sur Change.org pour plaider sa cause. Quand le recours de son avocate a été rejeté par la justice locale, elle s'est murée dans sa chambre, bloquant la porte à l'aide d'une table. L'immigration thaïlandaise assure de son côté qu'elle tentait d'échapper à un mariage arrangé.Elle craint d'être emprisonnée si elle retourne en Arabie saoudite.

Cette dernière accuse sa famille de l'avoir enfermée dans une pièce durant six mois simplement pour s'être coupé les cheveux. Une autre version, développée par les officiels thaïlandais, explique qu'elle chercherait en fait à échapper à un mariage forcé. "Je suis sûre à 100 % que ma famille me tuera dès ma sortie d'une prison saoudienne", a-t-elle prévenu ce matin, avant d'appeler les voyageurs présents dans la zone de transit de l'aéroport à manifester contre son expulsion. "Si elle était forcée à rentrer dans son pays, les conséquences pourraient être dramatiques", a souligné Phil Robertson, estimant qu'elle était en train de devenir "un symbole de résistance".

En vacances au Koweït avec sa famille, la jeune femme de 18 ans a fugué et atterri à l'aéroport de Bangkok samedi dernier.

La jeune femme refuse de rentrer en Arabie saoudite, où la condition des femmes est l'une des pires au monde - l'Arabie Saoudite est en septième position des pays les pires en matière d'égalité homme-femme selon le classement 2017 du World Economic Forum. Une information démentie par l'ambassade saoudienne en Thaïlande, qui a joint sa famille.

Un droit que l'Arabie Saoudite ne reconnaît pas aux femmes, qui dépendent d'un membre masculin de leur famille pour pouvoir voyager. Elles sont notamment soumises à la tutelle d'un homme (père, mari ou autre suivant le cas) qui exerce sur elles une autorité arbitraire et prend à sa place les décisions importantes.

Une femme, jugée pour avoir commis un crime "moral", peut être punie violemment par sa famille, y compris être tuée dans ce qu'on appelle un "crime d'honneur".

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