La défense dénonce un "spectacle", les plaignants l'"omerta" de l'Eglise — Procès Barbarin

Claudine Rigal
Janvier 8, 2019

Interrogé en mai 2016 par La Croix, suite aux demandes de démission visant le cardinal Barbarin, le Saint-Père expliquait qu'il s'agirait là d'"un contresens, une imprudence", précisant toutefois que la question pourrait éventuellement se poser "après le procès".

Il comparaissait undi devant le tribunal correctionnel de Lyon pour non-dénonciation d'agressions sexuelles. "À la veille de son procès, le cardinal a demandé, dimanche, au " seigneur que s'accomplisse le travail de la justice " et " qu'il guérisse (...) le cœur des victimes d'actes de pédophilie", dans un message transmis lors des vœux du diocèse de Lyon.

Mgr Barbarin - qui a passé le reste de l'audience le regard fixé devant lui, les mains souvent jointes sous le menton comme s'il priait - et ses cinq coprévenus comparaissent jusqu'à mercredi pour ne pas avoir dénoncé à la justice des abus sexuels commis par le père Preynat sur de jeunes scouts de la région lyonnaise avant 1991. "Donc la victoire, elle est déjà là", a estimé François Devaux, cofondateur de La Parole libérée, l'association à l'origine des révélations.

Ces faits ont d'abord fait l'objet d'un classement sans suite, au terme d'une enquête du parquet de Lyon pendant l'été 2016, après plusieurs mois d'innvestigations, de perquisitions et plusieurs dizaines d'heures d'audition, selon le diocèse. Dans les années 2000, l'archevêque de Lyon avait eu connaissance, par un tiers, des agissements du prêtre: le procureur a conclu à la prescription du délit de non-dénonciation.

Outre les explications des six responsables du diocèse, dont les actuels archevêque d'Auch Maurice Gardès et évêque de Nevers Thierry Brac de la Perrière, M. Devaux attend également "la position de la justice française sur ces faits-là et comment elle interprète les lois".

Les prévenus encourent trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.

La défense, de son côté, crie à l'acharnement et compte sur le procès pour "rétablir un certain nombre de vérités car on ne répare pas une injustice par une autre", prévient un avocat du cardinal, Me Jean-Félix Luciani.

"Pourtant, le cardinal Philippe Barbarin assure que ce n'est qu'en 2014, en recevant un mail envoyé par Alexandre Hezez, un paroissien se présentant comme une ancienne victime de Preynat, qu'il a réellement réalisé l'ampleur des dégâts". "Après tout le monde est tombé sur moi", avait-il déploré. "S'il y en a une et qu'on me la montre et qu'on me l'explique, et bien j'assumerai", assurait le religieux en novembre dernier.

Le pape François a convoqué au Vatican pour la fin février 2019 les présidents des conférences épiscopales du monde entier pour un sommet très attendu sur "la protection des mineurs".

Le cardinal espagnol Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation de la Foi à Rome, était aussi poursuivi mais le Vatican a opposé son immunité. Ils ont engagé une procédure de citation directe devant la justice pour dénoncer les silences de l'Eglise dans cette affaire. La pétition lancée en août par le père Pierre Vignon, prêtre dans le Vercors - écarté depuis de ses fonctions de juge canonique - a recueilli plus de 105 000 signatures.

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