Tentative de coup d'Etat au Gabon

Claudine Rigal
Janvier 8, 2019

08h40: Selon l'ambassadeur du Gabon à Paris, joint par RFI, l'assaut a été donné à la maison de la radio et les mutins arrêtés. Rien n'aura manqué. Ni le communiqué martial et grandiloquent lu au micro de la Radio-télévision gabonaise (RTG), conquise dans la nuit, par un gradé inconnu -le lieutenant Kelly Ondo Obiang, "commandant adjoint de la compagnie d'honneur de la garde républicaine"-, flanqué de deux cerbères en treillis de combat, béret vert, gants noirs et fusil d'assaut en travers du thorax. D'un ton pressant, il a invité "tous les hommes du rang et les sous-officiers" à se procurer "armes et munitions" et à "prendre le contrôle" des points stratégiques du pays, comme les édifices publics et les aéroports. Ni les références incantatoires à la "patrie" qu'il urge de "sauver du chaos", à la "démocratie en péril", aux "intérêts supérieurs de la nation" et à l'impératif de "dignité", nom de code de l'opération.

"Si vous mangez, arrêtez; si vous prenez un verre, arrêtez; si vous dormez, réveillez-vous". Les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes pour les disperser. Des blindés des forces de sécurité gabonaises ont en outre bloqué l'accès à l'un des grands boulevards de Libreville. "Les gendarmes qui y sont souvent stationnés ont pris le contrôle de toute la zone autour du siège de la radio et de la télévision, donc tout est revenu à la normale", a déclaré Guy-Bertrand Mapangou, un porte-parole du gouvernement.

Les forces de sécurité ont été déployées dans la capitale et elles le resteront pour les prochains jours afin de maintenir l'ordre, enfin, les frontières restent ouvertes, a-t-il ajouté. Les réseaux Internet ont en revanche été coupés.

Le président gabonais a succédé en 2009 à son père Omar, à la mort de ce dernier, et a été réélu en 2016. Le chef de l'État gabonais a reconnu souffrir de problèmes de santé mais a assuré qu'il se remettait.

" Une fois encore, une fois de trop, les conservateurs acharnés du pouvoir dans leur basse besogne continuent d'instrumentaliser et de chosifier la personne d'Ali Bongo Ondimba en mettant en scène un malade dépourvu de plusieurs de ses facultés physiques et mentales ", explique le communiqué. L'attaque meurtrière, fin août 2016, du QG de son principal challengeur, Jean Ping, que beaucoup considèrent comme le "vrai" président élu, avait déjà constitué un cas de violences jusqu'alors inédites. Le pays s'attendait à la désignation d'un premier ministre et à la formation d'un gouvernement annoncé pour le 11 janvier, consécutivement aux législatives remportées à une écrasante majorité par le parti au pouvoir (le PDG). Depuis son accident vasculaire, il poursuit sa convalescence sans qu'aucune date ait été fixée pour son retour au Gabon. La vacance du pouvoir n'a pas été déclarée en son absence.

En effet, précise L'Observateur Paalga, "ce 'quitte ou double' du lieutenant Obiang et ses hommes intervient alors que les différents clans du pouvoir gabonais se battent presque ouvertement au chevet de l'illustre patient marocain avec Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente de la Cour constitutionnelle et belle-mère d'ABO, dans le rôle de l'implacable régente".

" L'Union africaine condamne fermement la tentative de coup d'État intervenue ce matin au Gabon", a écrit sur Twitter Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l'UA, avant de réaffirmer " le rejet par l'UA de tout changement anticonstitutionnel ".

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