Thaïlande : la jeune Saoudienne qui demandait l'asile ne sera pas expulsée

Claudine Rigal
Janvier 10, 2019

"J'appelle toutes les personnes se trouvant en zone de transit à Bangkok à manifester contre mon expulsion", a écrit lundi Rahaf Mohammed Al-Qunun, sur son compte Twitter.

La décision de l'ONU constitue pour elle une victoire de taille. Le ministère australien de l'Intérieur a déclaré qu'il examinerait son cas "comme il le fait habituellement pour les dossiers transmis par le HCR".

La jeune femme envisage de demander l'asile en Australie pour lequel assure disposer d'un visa.

La jeune fille, barricadée derrière une porte bloquée par un matelas et une table, avait commencé à tweeter messages et vidéos pour donner l'alerte.

La représentation à Bangkok du HCR a confirmé lundi à l'AFP "tenter d'avoir accès" à la jeune femme de 18 ans "pour évaluer son besoin de protection internationale".

L'affaire Qunun a pris une dimension particulière après le meurtre du journaliste Jamal Kashoggi au consulat saoudien d'Istanbul en Turquie. Canberra a contacté le HCR et les autorités thaïlandaises pour "obtenir des garanties" afin qu'elle puisse accéder au processus d'obtention du statut de réfugié, a indiqué un porte-parole du gouvernement australien. Sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter, elle a fait part des craintes pour sa sécurité et dit tous le danger qu'elle encourrait si elle revenait au sein de sa famille.

Le HCR a déclaré de son côté que, conformément au principe de non-refoulement, les demandeurs d'asile ne peuvent être renvoyés dans leur pays d'origine si leur vie est menacée.

Rahaf Mohammed Al-Qunun assure avoir été arrêtée par des responsables saoudiens et koweïtiens à son arrivée à l'aéroport de Bangkok, ajoutant que son passeport lui a été confisqué de force. Elle avait prévenu dans une vidéo envoyée au HCR qu'elle ne quitterait pas la chambre sans avoir rencontré l'organisation. Selon ses dires, sa famille l'aurait enfermée dans sa chambre durant six mois parce qu'elle s'était coupé les cheveux.

"Je suis sûre à 100% qu'ils (ma famille, NDLR) me tueront dès ma sortie d'une prison saoudienne", a-t-elle déclaré à l'AFP.

Elle craint d'être emprisonnée si elle retourne en Arabie saoudite. "Si elle était forcée à rentrer dans son pays, les conséquences pourraient être dramatiques", a souligné Phil Robertson, directeur adjoint de Human Rights Watch en Asie.

En avril 2017, le sort d'une autre Saoudienne, Dina Ali Lasloum, âgée de 24 ans et arrêtée alors qu'elle transitait par les Philippines pour se rendre à Sydney, avait suscité de vives inquiétudes.

Sa fugue a en effet rouvert le débat sur le tutorat en Arabie saoudite: les femmes y sont encore soumises à l'autorité d'un père, d'un frère ou d'un mari pour de nombreuses démarches quotidiennes.

L'ambassade saoudienne à Manille avait présenté l'incident comme une affaire de famille, assurant que la jeune femme était " rentrée avec sa famille au pays ".

"Une femme jugée pour avoir commis un crime " moral " peut être punie violemment par sa famille, y compris être tuée dans ce qu'on appelle un " crime d'honneur ".

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