Une femme défenestrée par son compagnon, reconnue partiellement responsable — Violence conjugale

Claudine Rigal
Janvier 6, 2019

Ce soir-là, la police intervient dans l'appartement de couple au Mans à cause d'une dispute.

"Aïda subissait des violences habituelles de la part de son compagnon qui n'avaient pas donné lieu à hospitalisation, mais ce soir-là il ne l'avait pas violentée", a précisé son avocat Me Mathias Jarry.

Mais la première décision du FGTI a profondément choqué la jeune femme qui a fait appel, par l'intermédiaire de ses avocats, à la Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (Civi) pour obtenir enfin son indemnité.

Une jeune femme victime de violences conjugales, paraplégique depuis que son compagnon l'a jetée par la fenêtre une nuit d'août 2013, a été considérée en partie responsable de sa situation par l'Etat, qui, via le Fonds de garantie des victimes (FGTI), ne lui a pas accordé toutes les indemnités auxquelles elle avait normalement le droit. "Non, une femme n'est jamais responsable des violences subies, même administrativement!", a-t-elle tweeté pour soutenir une jeune femme de 25 ans. Aïda imagine de se rendre dans sa famille à Alençon, dans l'Orne, mais il est trop tard pour prendre le train.

"Mais la Commission ne retient qu'une indemnisation partielle". Elle appelle le 115 et envoie des textos à des amis, en vain, puis revient chez elle. Alertés par les cris, les voisins appellent la police, qui, de nouveau sur place, découvre le corps de la femme au pied de l'immeuble. Elle restera paraplégique. L'homme a été reconnu coupable et condamné à 15 ans de prison.

Avec cette demande d'indemnisation fixée à 90.000 euros par la cour d'assise, il s'agit d'acheter une voiture adaptée au handicap, payer les ambulances nécessaires pour les transports, les différents soins et la rééducation. Il a en effet estimé que la victime avait commis une imprudence en retournant à son domicile malgré les conseils de la police, et qu'elle avait donc concouru à son préjudice. Contacté par Europe 1, le FGTI nuance cette présentation des faits et rappelle qu'il travaille "sous le contrôle du juge".

Mais, à son retour, le compagnon d'Aïda s'en prend à elle. Le 13 février 2018, la Civi a donc retenu le partage de responsabilités et proposé de verser 67.500 euros.

Jugeant cette position "aberrante", les avocats de la jeune femme saisissent la Civi qui siège auprès de chaque tribunal.

Une réduction de l'indemnisation prévue par la loi. Le Fonds de garantie des victimes assure que 67.500 euros ont été réglés. Choquée par cette affaire, Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes s'est emparée de son compte Twitter pour dénoncer "cette décision (qui) va à l'encontre du travail de conviction que nous menons" et s'est dite prête à "intervenir personnellement dans ce dossier".

Les avocats ont fait appel.

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