La communauté internationale prône le dialogue face aux manifestations violentes — Haïti

Claudine Rigal
Février 14, 2019

"Si Jovenel (Moïse, le président NDLR) ne veut pas partir, on va faire souffrir la bourgeoisie qui l'a soutenu, pour qu'elle aussi comprenne", a-t-il menacé.

Les organisateurs ont promis le retour des manifestants dès dimanche afin d'accroître la pression sur le président Moïse.

Les confrontations entre les forces de l'ordre et les jeunes, majoritairement issus des quartiers populaires, ont été violentes.

Les manifestants veulent exprimer leur colère contre l'inflation qui grimpe en flèche et contre l'incapacité du gouvernement à intenter des poursuites dans la foulée d'un scandale touchant un fonds vénézuélien de plus milliards de dollars visant à exporter du pétrole à rabais en Haïti.

Dans la zone de Poste marchand, un quartier situé au Nord-Est de Port au Prince, la situation était chaotique avec des pneus enflammés et des piles d'immondices en flamme. On n'a pas de bons dirigeants: "s'il y avait du travail dans le pays, ça ne serait pas arrivé", témoignait Joseph, dont le stock de boissons a été entièrement volé. Face aux dégâts enregistrés depuis jeudi, les associations du secteur privé déplorent "une colère populaire légitime qui est malheureusement orientée à tort vers les entreprises qui créent des emplois" et souhaitent l'instauration d'un dialogue entre acteurs politiques. Les évêques catholiques ont appelé " à la conscience citoyenne des différentes parties en vue d'une décision patriotique ", selon leur note de presse publiée lundi soir. Des blocages routiers ont été signalés dans plusieurs villes de province où des manifestations se sont déroulées lundi.

D'ordinaire encombrés par la circulation, les grands axes de la capitale étaient restés déserts au matin: par peur des violences, une large majorité d'écoles, de commerces et d'administrations n'ont pas ouvert leurs portes.

Barricades tenues par des jeunes rançonnant toute personne se risquant à traverser, incendies de véhicules, dégradations de commerces: un climat d'intimidation et de violences dominait dans la capitale Port-au-Prince, en marge des défilés d'opposants. "Voyez, ça fait deux ans qu'il est au pouvoir et le peuple souffre encore plus de la faim", témoigne Vanel Louis-Paul, manifestant dans la capitale pour la sixième journée consécutive. Des promesses non tenues.

Les manifestations, qui ont commencé le jeudi 7 février à l'occasion des deux ans au pouvoir de Jovenel Moïse, ont graduellement pris de l'ampleur.

La frustration a été exacerbée par la publication, fin janvier, d'un rapport édifiant de la Cour supérieure des comptes sur la gestion calamiteuse et les possibles détournements des fonds prêtés depuis 2008 par le Venezuela à Haïti pour financer son développement économique et social.

Le texte épingle une quinzaine d'anciens ministres et hauts fonctionnaires ainsi qu'une entreprise dirigée à l'époque par Jovenel Moïse.

Si le gouvernement n'offre aucune réponse concrète aux revendications, les groupes d'opposition n'avancent aucune mesure qui permettrait d'améliorer les conditions de vie de la population.

"On est face à la plus grande crise depuis 2008 ", constate l'économiste haïtien Etzer Emile, en référence aux émeutes de la faim qui avaient à l'époque gagné le pays et l'Amérique centrale.

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