Philippe déplore l'aspect "très politique" — Rapport du Sénat

Pierre Vaugeois
Février 22, 2019

Ce jeudi matin, au lendemain de la publication d'un rapport explosif rédigé par la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla, le Premier ministre Édouard Philippe a enfilé ses gants de boxe. Le premier, daté du 21 juin 2016, porte sur une somme de 8 000 euros à une époque où les "deux amis ne sont pas encore au service de la sécurité de la campagne d'Emmanuel Macron".

Les "affaires" qui s'entremêlent autour du sieur Benalla révèlent pour le moins une succession de dysfonctionnements au sommet de l'Etat - du coup, nos sénateurs en profitent pour rappeler à l'ordre cet exécutif qui rêvait de se la jouer solo. Ce dernier est soupçonné pour son pantouflage de possible conflit d'intérêts. Or, pour Edouard Philippe, nul doute, Alexis Kohler est "un grand serviteur de l'Etat".

Le Premier ministre défend la séparation des pouvoirs, sauf que.

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Édouard Philippe a aussi pointé un non-respect du principe de séparation des pouvoirs, ce à quoi le Sénat a très vite répondu, déclarant que la commission avait "scrupuleusement respecté" ce principe. "Je n'en suis pas surpris mais comme j'ai un attachement très vif et très grand au principe de séparation des pouvoirs, j'en suis un peu déçu", a-t-il encore déploré. Il rappelle également que la présidence de la République "ne se mêle pas de l'organisation interne" du Sénat.

Dans son rapport, la Commission d'enquête sénatoriale épingle de proches collaborateurs de Macron, et hauts fonctionnaires de l'Élysée: elle souligne les "incohérences" relevées dans leurs auditions et réclame pour les éclaircir la saisine de la justice sur les déclarations. "Les conclusions ne plaisent pas à l'exécutif, j'en suis désolé, mais ce sont les conclusions qui sont les nôtres, elles doivent être respectées telles quelles", a-t-il insisté, ajoutant: "Je n'accepte pas cette ingérence dans les pouvoirs du Parlement, dans ces commissions d'enquête qui sont prévues par la Constitution". Cependant, le ministre de la justice Nicole Belloubet a déjà été critiquée par le monde politique et judiciaire pour avoir outrepassé ses fonctions en devenant un "conseil juridique", voire une avocate d'Alexandre Benalla, lorsque celui-ci refusait de répondre aux questions des sénateurs. Il demande en outre au Premier ministre de "balayer devant sa porte": "Si le gouvernement n'accepte plus que le Sénat soit un contre-pouvoir, il y a un danger et je dis: attention à la démocrature".

Le camouflet est d'autant plus dur à avaler pour la présidence que la commission d'enquête du Sénat n'a même pas joué toutes ses cartes, Ismaël Emelien, considéré comme étant la personne ayant fait fuiter les images de l'agression de Benalla lors des manifestations du 1er mai, n'ayant pas été convoqué.

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