Attentat du musée juif: Nemmouche condamné à perpétuité

Claudine Rigal
Марта 12, 2019

Après l'avoir déclaré coupable, jeudi, d'assassinat terroriste, la cour d'assises et les jurés bruxellois ont donc condamné lundi soir Mehdi Nemmouche à la réclusion à perpétuité, sans surprise.

Dans ses motivations, la cour d'assises a fustigé l'"absence absolue de regrets" du Roubaisien Nemmouche à l'égard des victimes, dont "il n'a jamais parlé" et "n'a pas hésité a salir la mémoire pour le seul besoin d'accréditer son prétendu piège". "Elle a retenu le " caractère manifeste anti-juif de l'attentat et l'antisémitisme marqué de Mehdi Nemmouche " ainsi que son " égocentrisme et son narcissisme " démontrés par le fait qu'il portait une caméra sur sa veste - qui n'avait pas fonctionné - " et son souci constant de se tenir informé des faits à peine commis ". Après le verdict, que Nemmouche a écouté impassible, Me Courtoy a qualifié de "prévisible" la peine de prison à vie, dès lors que son client refusait le "grand déballage exhibitionniste sur son enfance assassinée (.) pour jouer sur les bons sentiments des jurés". Il a aussi opposé un silence glaçant aux questions de la présidente, et conclu lundi les neuf semaines de procès par une ultime provocation en lançant, sourire en coin: "la vie continue". Ces derniers ont suivi le réquisitoire de l'avocat général.

Depuis le 10 janvier, le silence glaçant de Nemmouche a contrasté avec les vitupérations de son avocat, Me Sébastien Courtoy, qui avait traité Yves Moreau d'"accusateur public" ayant "une guillotine sous le bras". "Vous avez été un jury particulièrement humain dans un procès qui a suinté le haine", a-t-il soutenu. Quelques secondes plus tôt, Nacer Bendrer, l'avait traité de "monstre" et de "fils de pute né", avouant sa "honte" de l'avoir croisé. Cette mesure permet une surveillance judiciaire au-delà de la peine principale.

Le premier a été reconnu coupable d'avoir abattu de sang-froid, en moins d'une minute et demie, les époux Riva ainsi qu'un jeune employé belge et une bénévole française, le 24 mai 2014 au Musée juif.

Concernant Bendrer, le jury a souligné l'"aide indispensable" concrétisée par la remise des armes et des munitions, sans laquelle Nemmouche n'aurait pu exécuter son quadruple assassinat. La cour a également prononcé à son encontre une mise à disposition du tribunal de l'application des peines (TAP) de 15 ans.

Bruxelles
Sputnik. Grigory Sysoev Attentat au musée juif le dossier Nemmouche volé et remplacé par une fausse kalachnikov

Jeudi, à l'issue de deux jours et demi de délibérations, la cour avait dit " écarter " la thèse des avocats de Nemmouche, qui l'avait décrit comme la victime d'un " piège " tendu par de supposés agents des services iraniens ou libanais pour lui faire porter la responsabilité de la tuerie. "Des carabistouilles!", a appuyé lundi Yves Moreau.

" Si vous nous dites aujourd'hui qu'en Belgique, on peut être un terroriste sans être condamné très sévèrement, alors il ne faudra pas s'étonner de voir des gens débarquer chez nous avec des bombes ou des armes de guerre dans leurs valises", a aussi insisté M. Moreau à l'adresse du jury populaire, à qui il a réclamé de la " fermeté ".

Le verdict de jeudi, qui retient les preuves de l'enquête accablant Nemmouche (ADN, empreintes sur les armes, vidéos de revendication, etc.), est " une gifle pour la défense et toutes les théories négationnistes et complotistes", a commenté maître Vincent Lurquin, représentant d'une partie civile.

Il s'agit, selon l'accusation, du premier attentat commis en Europe par un combattant de retour de Syrie, dix-huit mois avant le sanglant 13 novembre 2015 (130 morts à Paris) revendiqué par le groupe Etat islamique.

Ce natif de Roubaix (nord de la France) avait été arrêté à Marseille (sud) le 30 mai 2014, six jours après la tuerie, en possession des armes utilisées, un revolver et un fusil d'assaut de type Kalachnikov.

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