Bernard Tapie n’en démord pas — Vente d’Adidas

Pierre Vaugeois
Mars 13, 2019

En cas de poursuite des débats, Bernard Tapie devrait être auditionné dès mardi. Debout à la barre, comme habité par son affaire, il a repris l'historique de la vente d'Adidas depuis le départ, pour dire ce qu'il a toujours affirmé: son sentiment d'avoir été dupé par le Crédit lyonnais, qui a effectué une grosse plus-value en revendant l'équipementier sportif pour le compte de Bernard Tapie à Robert Louis-Dreyfus.

"Ne racontez pas d'histoires, c'est incroyable, c'est une fiction!" a-t-il lancé, interrompant le rappel de la genèse de cette affaire par la présidente du tribunal qui le juge depuis lundi et couvrant la voix de son principal avocat.

Le patron d'Orange Stéphane Richard, directeur de cabinet de la ministre de l'Economie Christine Lagarde à l'époque des faits, et les deux ex-dirigeants des entités chargées de gérer le passif du Crédit Lyonnais, Jean-François Rocchi et Bernard Scemama, sont eux renvoyés pour "complicité d'escroquerie".

Sont également jugés un des arbitres, Pierre Estoup, 92 ans, et Maurice Lantourne, 62 ans, avocat de Bernard Tapie, tous deux accusés de participation à un simulacre d'arbitrage en collusion.

Escroquerie, complicité d'escroquerie, détournement de fonds publics ou simplement acquittement, après 25 ans de batailles judiciaires, l'affaire Tapie est en passe d'arriver sur son dernier acte et de nous offrir un dénouement pour le moins rocambolesque. L'ancien chef d'État n'avait jamais voulu répondre aux convocations des juges, se dissimulant derrière son immunité présidentielle.

Sa maladie, Bernard Tapie, âgé de 76 ans, l'attribue à son renvoi en correctionnelle pour " escroquerie " (Photo AFP) Bernard Tapie a-t-il escroqué l'État?

La procédure d'arbitrage, un règlement privé, avait été décidé peu après l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007, afin de mettre un terme à un vieux contentieux entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais, né de la revente en 1993 du groupe allemand Adidas. Une fois la sentence rendue, il aurait tout fait pour que Bercy n'engage pas de recours. L'ex-patron d'Adidas et de l'Olympique de Marseille avait alors eu sa revanche en obtenant plus de 400 millions d'euros. Seulement, cette sentence a été annulée au civil et Berbard Tapie condamné à rembourser ces sommes. Mais elle a été dispensée de peine par la Cour de justice de la République, seule habilitée à juger les ministres pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions. Pour les créanciers, la dette s'élève désormais, avec les intérêts, à près de 525 millions d'euros.

L'avenir des sociétés de M. Tapie, dont dépend ce remboursement, est par ailleurs suspendu à une décision du tribunal de commerce de Paris. L'audience, prévue lundi matin, a été renvoyée au 15 avril. Le procès doit se tenir jusqu'au 5 avril.

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