La justice maintient les deux inculpations de Tariq Ramadan pour viols — France

Claudine Rigal
Mars 15, 2019

Après un an de rebondissements et une volte-face retentissante cet automne, l'intellectuel musulman Tariq Ramadan, remis en liberté mi-novembre, saura jeudi s'il a convaincu la justice française de lever ses inculpations pour deux viols qu'il conteste.

Tariq Ramadan avait demandé dès l'été dernier aux juges d'instruction de le placer sous le statut intermédiaire de témoin assisté, première étape vers le non-lieu qu'il réclame.

Une troisième femme, Mounia Rabbouj, a à son tour porté plainte, en mars 2018, contre Tariq Ramadan, mais les juges d'instruction ne se sont pas prononcés sur ces faits pour l'heure. A l'époque, le prédicateur persistait à nier tout rapport physique avec les plaignantes. Il a menti tout au long de cette instruction, sa défense a bluffé et le dossier a parlé.

Mais entre-temps, la donne a changé. "Même dans les moments de fougue et de domination, un non c'était un non", s'était-il toutefois défendu en présentant sa nouvelle version.

La position de l'islamologue était devenue intenable depuis la révélation en septembre de centaines de SMS sans ambiguïté exhumés d'un vieux téléphone de Christelle.

Tariq Ramadan n'avait d'abord admis qu'un "jeu de séduction" à distance, reprochant à la justice française de donner du crédit aux témoignages de ces femmes qu'il traitait de "folles".

"La décision de la cour d'appel, dont on ne connaît pas encore la motivation, n'efface pas les mensonges démontrés des parties civiles, puisque les investigations ont démontré que les relations qu'elles ont eues avec M. Ramadan étaient voulues et pleinement consenties", a pour sa part réagi auprès l'AFP Me Emmanuel Marsigny, avocat de la défense.

De manière constante depuis leur plainte, en octobre 2017, Henda Ayari et Christelle ont décrit chacune un premier rendez-vous qui a basculé dans rapports sexuels brutaux et contraints. Toutes deux ont aussi invoqué l'emprise exercée par l'islamologue, par des mensonges, des manipulations et des menaces, corroborées par des témoignages d'autres femmes.

En avril 2018, une quatrième femme a déposé plainte en Suisse, entraînant l'ouverture d'une instruction à Genève, dans laquelle M. Ramadan n'a pas encore été entendu, son audition en février ayant été annulée. Il est soumis à un contrôle judiciaire très strict, l'obligeant ainsi à pointer une fois par semaine au commissariat de Saint-Denis et lui interdisant de quitter le territoire français. Le prédicateur, qui souffre d'une sclérose en plaques, a dû verser une caution préalable de 300'000 euros et remettre son passeport suisse.

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