Le Parlement européen réclame la libération de l'avocate emprisonnée — Iran

Claudine Rigal
Mars 15, 2019

Cette décision digne du théâtre de l'absurde est encore plus ahurissante...qu'elle intervient au lendemain d'un verdict particulièrement lourd prononcé par un tribunal iranien à l'encontre de l'avocate des droits de femmes Nasrin Sotoudeh: 148 coups de fouets, et un prolongement de peine de prison qui a été désormais fixé à trente-huit 38 ans de réclusion dont onze années fermes! "C'est la condamnation la plus sévère recensée par Amnesty International contre un défenseur des droits humains en Iran ces dernières années, ce qui laisse à penser que les autorités, encouragées par l'impunité généralisée en matière de violations des droits humains, durcissent leur répression", déplore l'ONG.

Son cas a été mentionné mercredi par les députés français qui lui ont consacré une ovation à l'Assemblée nationale.

Son mari, Reza Khandan, avait averti la presse de cette nouvelle sentence mardi. La célèbre avocate a été condamnée à dix années d'emprisonnement supplémentaires pour "incitation à la débauche". On lui a alors indiqué qu'elle avait été condamnée, par contumace, à cinq ans de prison par un tribunal révolutionnaire de Téhéran sur des accusations d'espionnage.

Il a précisé que son épouse était poursuivie pour sept chefs d'accusation et qu'elle a été condamnée au total à 33 années de prison.

Selon Mohammad Moghimi, un de ses avocats, Mme Sotoudeh a décidé de ne pas se faire représenter au tribunal, estimant que les conditions d'" un procès équitable " n'étaient pas réunies.

"L'affaire en cours inclut, selon M. Khandan, des poursuites pour " conspiration " et " propagande contre le système " politique de la République islamique, appartenance à une organisation de défense des droits de la personne interdite, participation à une campagne pour l'abolition progressive de la peine de mort en Iran ou encore " atteinte à l'ordre public ".

Interrogé, M. Khandan a déclaré ne pas savoir à quoi le juge faisait référence, son épouse n'étant pas, à sa connaissance, poursuivie pour insulte à l'ayatollah Ali Khamenei.

L'avocate et militante des droits humains de 55 ans, récompensée en 2012 du Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit décerné par le Parlement européen, a déjà fait plusieurs allers-retours en prison pour avoir milité contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009 ou pour ses prises de position en faveur de manifestations féministes.

Le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Javaid Rehman, a fait état mardi d'une "inquiétude grandissante" sur le fait que "l'espace civil pour les avocats et défenseurs des droits humains est en train d'être réduit". "La France est préoccupée par ces informations et réitère son attachement à la liberté d'opinion et d'expression et au droit de chacun à un procès équitable", écrit le Quai d'Orsay dans un communiqué.

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