Cancers d’origine professionnelle: 1.800 cas reconnus par an, liés principalement à l’amiante

Evrard Martin
Avril 15, 2019

Entre 1998 et 2017, le nombre de cancers d'origine professionnelle a été multiplié par 3,6, passant de 540 à 1 940 cas. Parmi les personnes touchées, une écrasante majorité sont des hommes (96 %).

►A noter: hors amiante, les autres cancers professionnels sont des cancers de la vessie, des cancers naso-sinusiens et des leucémies.

Parmi ces cancers professionnels, 80% sont liés à une exposition à l'amiante (70% de cancers du poumon, 30% de mésothéliomes, le cancer de la plèvre aussi appelé "cancer de l'amiante"). L'âge moyen des pris en charge est de 68 ans, soit parfois des décennies après les expositions aux produits dangereux. Autre caractéristique, les cas se concentrent dans la moitié nord de la France, où sont implantées des activités concernées par l'utilisation passée de l'amiante. Sans surprise, les secteurs de la métallurgie et du BTP sont les plus concernés, avec respectivement 39 % et 25 % des cas. Ils sont suivis par l'industrie chimique et le bois avec chacun 9 %.

D'où la volonté de mieux "organiser la détection" de l'origine potentiellement professionnelle d'un cancer à l'occasion de contrôles médicaux - une expérimentation sur les cancers de la vessie a permis de multiplier par six ceux pris en charge par la branche entre 2008 et 2017.

Parmi eux, la grande majorité (80%) sont en rapport avec une exposition à l'amiante.

Résultat, le nombre réel de nouveaux cas de cancers d'origine professionnelle chaque année est très incertain. Il s'agit principalement de rentes viagères, dont 80% sont versées aux ayants droit (essentiellement des conjoints survivants), avec un montant moyen d'environ 17.000 euros par an. Pour renforcer les dispositifs nationaux déjà présents, comme le Plan cancer, le Plan national santé environnement ou le Plan santé au travail, la branche de la Sécurité sociale lancera, en 2019, le programme "Risques chimiques pros". Pour permettre aux entreprises d'évaluer les risques d'exposition, la branche de la Sécurité sociale met à disposition une centaine de fiches techniques d'aides au repérage et à la substitution des cancérigènes sur l'outil Seirich, développé par l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). L'Assurance maladie propose également, aux entreprises de moins de 50 salariés, une aide financière pour l'achat d'équipements de protection, à hauteur de 40 à 50 % du coût total. "Il faut faire connaître cette offre", affirme la directrice des risques professionnels. "Pour les quatre prochaines années, nous avons mobilisé un budget de 50 M€ pour cette offre", ajoute Marine Jeantet. Mais " une part non négligeable " de ces cancers n'est pas déclarée, estime le rapport " Santé travail: enjeux et actions " publié jeudi 11 avril par la Caisse nationale d'assurance maladie. La non-déclaration des cancers d'origine professionnelle empêche le déblocage des rentes.

Mais beaucoup de cancers d'origine professionnelle ne sont pas déclarés, du fait notamment d'une longue période de latence entre l'exposition et la survenue de la maladie (20 à 40 ans) ou de la complexité des démarches à engager, souligne l'assurance maladie. "Des expérimentations seront menées fin 2019 pour une généralisation courant 2020". "Un assuré actif sur cinq ne travaille pas dans les cinq ans après le diagnostic" indique le responsable du département des services aux assurés. Il s'agit de mobiliser les entreprises sur ces problématiques.

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