"Homo luzonensis" : une nouvelle espèce humaine découverte aux Philippines

Alain Brian
Avril 11, 2019

Il ne s'agirait pourtant pas d'un ancêtre de l'homme moderne, mais d'une espèce voisine qui a reçu le nom de Homo luzonensis.

Les auteurs de l'article, parmi lesquels le paléoanthropologue français Florent Détroit, rattaché au musée de l'Homme, à Paris, ont étudié treize fragments osseux découverts dans une grotte de cette île du Pacifique occidental, Callao.

Admirez les dents de l'Homo luzonensis, qui ont pour caractéristique d'avoir deux ou trois racines, alors que celles d'Homo sapiens en ont généralement une seule. Cela ne ressemble pas à une phalange d'Homo sapiens, mais plutôt à celle d'un Australopithèque, qui était probablement à la fois bipède et arboricole. Autrement dit, ce sont désormais les plus vieux restes humains qui ont pu être mis au jour sur l'archipel philippin; jusque-là, les plus anciens dataient de 30 000 à 40 000 ans, ils avaient été trouvés sur l'île de Palawan.

Professeur au Collège de France, Jean-Jacques Hublin est aussi directeur du département d'évolution humaine à l'Institut Max-Planck de Leipzig.

Une vue de l'île de Luçon, le 9 août 2011.

Agrandir l'imageFossiles découverts dans la grotte de Callao et attribués à la nouvelle espèce Homo luzonensis.

Cette espèce aurait évolué sous les effets de l'endémisme insulaire, un peu comme Homo floresiensis sur l'île de Flores en Indonésie, dont les restes ont été découverts en 2003. Deux des fossiles analysés ont été datés directement par la méthode des séries de l'uranium et sont âgés respectivement de 50 000 ans et de 67 000 ans. Une chose est certaine, pendant le Quaternaire, l'île de Luçon n'a jamais été accessible à pied.

"L'espèce Homo luzonensis présente des éléments ou caractères très primitifs, ressemblant aux Australopithèques, et d'autres très modernes, proches de notre propre espèce Homo sapiens". Ainsi, les prémolaires présentent des ressemblances avec celles des Australopithèques tandis que les molaires petites et à la morphologie simple ressemblent à celle des hommes modernes. "Un individu possédant ces caractéristiques combinées ne peut être classé dans aucune des espèces connues aujourd'hui", relève Florent Détroit.

Les os du pied aussi sont très surprenants: la phalange proximale présente une courbure très marquée et des insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied. Cela signifie que pour arriver sur l'île, l'Homo Luzonensis a dû trouver un moyen de traverser la mer, ce qui constitue encore une énigme pour les scientifiques. "Elle est plus complexe qu'on ne le pensait jusqu'à récemment". Et le chercheur ajoute: "Si, dans le futur, des collègues montrent que l'on s'est trompé et que ces restes correspondent à une espèce que l'on connaissait déjà, tant pis, ce n'est pas grave, on oubliera". La découverte d'une nouvelle de ces espèces est " remarquable " d'après la revue scientifique.

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