La police appelle à ne pas "intervenir" contre les manifestants — Soudan

Claudine Rigal
Avril 11, 2019

Des milliers de Soudanais étaient rassemblés dans la nuit de mercredi à jeudi devant le QG de l'armée à Khartoum, pour la cinquième nuit consécutive, afin de réclamer que le président Omar el-Béchir quitte le pouvoir.

Des témoins ont cependant fait état d'une nuit calme, et aucune tentative de dispersion n'a été rapportée pour la journée de mercredi. "Lorsque nous sommes venus la nuit dernière près du bâtiment de l'armée, nous avons vu de nombreux policiers mais ils ne nous ont pas arrêtés". Mardi, la police a annoncé avoir ordonné à ses forces de ne pas intervenir contre les contestataires.

Pour les analystes, la question est surtout de savoir si cette "transition pacifique" passera par l'émergence d'un gouvernement civil ou l'arrivée au pouvoir d'un dirigeant militaire qui bénéficiera du soutien de la population. Rien ne dit si l'armée a tiré en l'air pour protéger les manifestants, comme l'affirment certains témoins, ou pour d'autres raisons: à cette heure, les intentions exactes de l'armée restent inconnues. Dans un communiqué publié lundi, le général Kamal Abdelmarouf, chef d'état-major de l'armée, a précisé que celle-ci continuait "d'obéir à sa responsabilité de protéger les citoyens".

Mercredi, les organisateurs de la contestation ont indiqué avoir reçu "plusieurs membres et des dirigeants" du groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide qui souhaitent rejoindre le mouvement.

Si l'armée n'a pas participé à la répression des manifestations, la police anti-émeutes, ainsi que le puissant service de renseignement (NISS), ont souvent dispersé les manifestants lors de précédentes manifestations.

Le ministre de l'Intérieur, Bushara Juma, avait déclaré lundi que "sept citoyens sont morts, six dans l'Etat de Khartoum et un dans le centre du Darfour" le samedi 6 avril.Ces morts portent, selon un bilan officiel, à 38 le nombre de manifestants tués depuis le début du mouvement en décembre. Des ONG l'estiment plus élevé, et avaient évoqué 51 manifestants tués avant le regain de la mobilisation samedi.

Déclenchées le 19 décembre décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, les manifestations se sont rapidement transformées en contestation contre M. Béchir, à la tête du pays depuis un coup d'Etat en 1989.

Parmi elles, une jeune femme vêtue de blanc est devenue l'emblème des manifestants depuis qu'une vidéo, la montrant haranguer la foule et chanter des chansons révolutionnaires, est devenue virale sur les réseaux sociaux.

"Les femmes participent massivement à de tels mouvements, pas seulement pour se battre pour leurs droits, mais pour défendre ceux de toute la communauté [.] Il n'y a pas de différence entre les deux", selonme Salah.

A travers le pays, des milliers de Soudanais ont appelé au départ de M. Béchir, 75 ans et au pouvoir depuis près de 30 ans.

Le Soudan, amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, est confronté à une inflation de près de 70% par an et fait face à un grave déficit en devises étrangères.

Jusque là restées discrètes, les ambassades à Khartoum des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Norvège ont elles aussi exigé la mise en place d'"un plan de transition politique crédible".

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