L'ONU divisé sur les viols lors des conflits

Claudine Rigal
Avril 25, 2019

Mais les Etats-Unis continuent de se montrer hostiles à ce document en raison des termes employés, en l'occurrence, écrit le Guardian, " parce qu'il comprend un vocabulaire sur l'aide aux victimes issu de services de planification familiale ". Treize pays ont voté en faveur du texte, la Russie et la Chine s'abstenant.

De l'esclavage sexuel dans l'ex-califat de l'État islamique aux atrocités perpétrées par miliciens et militaires en Afrique centrale (réalités terribles mises en avant par le prix Nobel de la paix décerné, il y a quelques mois, à Nadia Murad et Denis Mukwege), la violence faite aux femmes dans les zones de guerre est devenue un fléau universel que l'Onu se devait de combattre.

Au Conseil de sécurité de l'ONU, les Etats-Unis, la Russie et la Chine n'ont pas voté pour un texte qui visait à aider les victimes de violences sexuelles pendant les conflits. "Si nous n'agissons pas maintenant, il va être trop tard", a-t-elle dit, en évoquant la détention actuelle de milliers de combattants du groupe Etat islamique. "Nous faisons face à une épidémie de violences sexuelles" et "la justice est l'antidote", a insisté l'avocate. "Les espoirs d'une génération entière ont été détruits", a-t-elle ajouté, évoquant un "échec collectif" de la communauté internationale. "Qu'attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes", s'est de son côté interrogé Denis Mukwege, en demandant lui aussi l'établissement de tribunaux nationaux ou internationaux dédiés au jugement des coupables de violences sexuelles dans les conflits. "Nous prononçons des discours à l'ONU mais aucune mesure concrète ne suit" en matière de justice et "rien n'a été fait", a-t-elle insisté.

Constatant par ailleurs la nécessité de renforcer la justice et la responsabilisation, M. Guterres a également noté que malgré une poignée de condamnations bien connues, l'impunité pour les violences sexuelles en période de conflit est généralisée. " Des concessions importantes ont été accordées sous la pression de plusieurs membres permanents qui n'ont pas permis au texte d'aller aussi loin que nous l'aurions souhaité ", a-t-il poursuivi.

La France a vivement dénoncé la décision des Etats-Unis " Nous sommes consternés par le fait qu'un Etat ait exigé le retrait de la référence à la santé sexuelle et reproductive pourtant agréée ", a déclaré François Delattre l'ambassadeur français à l'ONU.

Les négociations ont été ardues, selon des diplomates.

Les femmes tombant enceintes après un viol en temps de guerre n'auront plus le choix d'interrompre leur grossesse. Selon ce dernier, "les Américains ont changé de camp" et se trouvent à présent dans une alliance "contre-nature avec les Russes, le Vatican, les Saoudiens et les Bahreïnis, balayant les progrès qui ont été faits". François Delattre n'est pas le seul diplomate à avoir réagi. L'abjecte position des Etats-Unis sur le droit à l'avortement mène à la remise en cause de 25 ans d'acquis pour le droit des femmes dans des situations de conflits armés. "Il est inexplicable que l'accès à la santé sexuelle et reproductive ne soit pas explicitement reconnu aux victimes de violences sexuelles, elles qui sont souvent la cible d'atroces exactions et de mutilations barbares", a aussi lancé le diplomate. Elle a accusé les Etats-Unis et la Russie de s'opposer à la création d'une justice internationale contre ces crimes.

S'exprimant au cours d'un débat de haut niveau organisé par le Conseil de sécurité sur la question, le chef de l'ONU a présenté une série de recommandations visant à "proposer une approche globale des violences sexuelles liées aux conflits".

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