Washington autorise les poursuites pour spoliation — Cuba

Claudine Rigal
Avril 17, 2019

L'Union européenne et le Canada ont jugé mercredi " regrettable " dans une déclaration commune la décision des États-Unis de permettre des actions en justice contre les entreprises étrangères présentes à Cuba. Systématiquement gelé jusque-là par Washington pour ne pas froisser ses alliés, ce texte permet théoriquement, notamment aux exilés cubains, de poursuivre devant les tribunaux fédéraux américains les entreprises qui ont réalisé des gains grâce à des sociétés nationalisées après la révolution de 1959 dans l'île des Caraïbes.

Depuis que les États-Unis avaient annoncé en janvier leur intention d'appliquer la loi Helms-Burton, le gouvernement du Canada communiquait régulièrement avec le gouvernement américain pour l'informer de ses préoccupations concernant les conséquences négatives possibles sur les Canadiens.

Premier investisseur étranger sur l'île, l'Union européenne est, depuis 2017, son premier partenaire commercial.

La date de mercredi pour annoncer ces nouvelles mesures n'a pas été choisie au hasard: il s'agira de l'anniversaire de l'attaque de la baie des Cochons en 1961, une tentative d'invasion américaine qui s'était soldée par une défaite cinglante.

Les Etats-Unis accentuent de la sorte la pression qu'ils exercent depuis des décennies sur Cuba, dont ils accusent par ailleurs les autorités de soutenir le président vénézuélien Nicolas Maduro, autre ennemi déclaré de Washington. "À titre d'exemple, si une chaîne hôtelière américaine (.) a poursuivi une chaîne hôtelière de l'UE devant un tribunal américain (.), la chaîne hôtelière de l'UE serait en mesure de demander des dommages-intérêts (.) devant un tribunal communautaire", ont-elles souligné.

Avec la pleine application de la loi Helms-Burton, " il y aura au départ un effet dissuasif sur les investissements potentiels à Cuba, suivi d'une analyse plus réfléchie sur l'étendue réelle du risque", juge Pedro Freyre.

L'imminence de son application avait provoqué ces derniers jours une forte nervosité chez les investisseurs présents ou souhaitant venir sur l'île, ont indiqué à l'AFP plusieurs sources diplomatiques, ainsi qu'un homme d'affaires français installé à Cuba depuis une vingtaine d'années. Mais à son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a durci le ton et donné un tour de vis aux restrictions imposées à l'économie cubaine. "Maintenant, les entreprises qui s'empêtrent volontairement dans des partenariats avec le régime oppressif, illégitime et anti-américain à Cuba savent qu'elles vont être tenues pour responsables du fait qu'elles ont participé à bénéficier froidement des énormes pertes des victimes du régime", disait ainsi récemment Mario Diaz-Balart, républicain de Floride d'origine cubaine.

"Toute personne physique ou morale ayant des activités à Cuba doit se conformer à cette disposition", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Le département d'Etat américain, affirmant avoir pris en compte les "inquiétudes" des alliés de Washington, avait finalement fait machine arrière début mars.

L'objectif est de décourager les investissements étrangers, selon l'ambassadeur Alberto Navarro. "C'est pour qu'un investisseur se dise: au lieu d'investir à Cuba, je vais le faire à Punta Cana [en République dominicaine]", a-t-il expliqué. L'Union européenne menace les États-Unis de représailles en cas de sanctions.

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