L'Académie de médecine tire la sonnette d'alarme — Consommation d'alcool

Evrard Martin
Mai 3, 2019

L'Académie nationale de médecine lance un signal d'alarme: pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la consommation d'alcool ne baisse plus en France. En France, 41 000 personnes en meurent chaque année soit 112 par jours.

"Les mesures à prendre tout le monde les connaît: il faut revenir à une réglementation stricte de la publicité comme le prévoyait la loi Evin et un pictogramme visible qui rappelle aux femmes enceintes de ne pas consommer", a déclaré le professeur de santé publique et membre de l'académie, Gérard Dubois, sur France inter. Selon les nouvelles recommandations, la consommation d'alcool doit être limitée à 10 verres par semaine, 2 verres par jour, avec des jours sans aucune consommation. L'alcool serait la première cause évitable de mortalité des 15-30 ans, selon l'Académie de Médecine.

10% des Français sont des consommateurs réguliers et les chiffres ne baissent pas depuis 2013 et comme cela ne suffisait pas, l'alcool est aussi directement impliqué dans 40% des violences faites aux femmes, aux enfants et dans plus d'un tiers des décès par accident de la route. Mais 25% des Français entre 18 et 75 ans ne respecteraient pas l'une de ses trois recommandations.

Les pouvoirs publics ont tout de même mis en place de timides actions. L'Académie de médecine veut également voir taxées les boissons au gramme d'alcool et demande la mise en place d'un prix minimum de vente par gramme d'alcool, comme c'est le cas en Ecosse depuis un an. "Malgré l'enjeu de prévenir la première cause de retard mental évitable du nouveau-né et de l'enfant, les discussions pour l'agrandir et le contraster s'enlisent depuis des années face à l'opposition farouche du lobby alcoolier", déplore-t-elle.

L'Académie déplore par ailleurs l'influence du lobby alcoolier et critique la passivité des autorités. On se souvient en effet que plusieurs ministres avaient défendu un soi-disant particularisme du vin par apport aux autres alcools, tandis que le Président de la République n'avait pas hésité à considérer que les alcooliers étaient "des acteurs de la prévention ". "C'est vraiment penser que le loup puisse éduquer les moutons " ricane le professeur Dubois. Les messages véhiculés sur les bénéfices du vin lors " d'interventions ministérielles, la diffusion de dépliants scolaires pour les 3-6 ans sur la vigne " en sont quelques exemples.

Selon un communiqué de presse de l'Académie nationale de médecine "Le lobby de l'alcool parvient à retarder les mesures nécessaires avec le résultat sans précédent d'une stagnation de la consommation d'alcool en France à un niveau inacceptable". Force est de constater que le gouvernement paraît effectivement faire passer les intérêts du lobby de l'alcool sur la santé publique des Français.

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