Grève féministe en Suisse : une marée violette réclame l'égalité salariale

Xavier Trudeau
Juin 15, 2019

Selon les organisateurs de la mobilisation en marge de la grève des femmes ce vendredi en Suisse, des " centaines de milliers de femmes " ont marché pour défendre leurs droits et réclamer l'égalité salariale.

"À 15 h 24, heure à laquelle les femmes cessent symboliquement d'être payées, elles brandiront casseroles et sifflets pour dénoncer les inégalités salariales". De nombreux parlementaires ont arboré des badges féministes ou sont venus vêtus de violet, tout comme la ministre de la Défense, Viola Amherd. La ministre de la Police et Justice, Simonetta Sommaruga, a quant à elle salué les militantes à la gare locale. 500 personnes ont ensuite bloqué un pont.

Dans de nombreuses villes, les femmes se rassemblent dans les rues pour chanter. Et un clitoris géant posé sur un chariot a fait le tour de Zurich. Dans certaines villes, des crèches sont fermées, tandis que les écoles assurent un service minimum. Présente pour y faire un discours devant l'Organisation internationale du travail, la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, avait épinglé sur sa veste un pin's avec le logo féministe du poing levé.

La manifestation, jugée "illicite" par l'Union patronale, est placée sous la devise: "plus de temps, plus d'argent et du respect".

Cette grève fait écho à un mouvement similaire remontant au 14 juin 1991, soit 28 ans plus tôt jour pour jour. Les femmes avaient alors dénoncé l'absence de mesures concrètes et l'inégalité salariale.

L'égalité entre les hommes et les femmes est inscrite dans la Constitution suisse depuis le début des années 1980 et une loi votée en 1996 a proscrit la discrimination et le harcèlement sexuel sur les lieux de travail, censée protéger les femmes contre toute discrimination liée à la grossesse, au statut marital ou au genre.

Portée désormais par la vague #Metoo, la nouvelle génération de femmes veut poursuivre le combat initié par leurs aînées il y a presque trente ans, alors que l'égalité salariale n'est toujours pas atteinte. Les femmes salariées en Suisse gagnent en moyenne près de 20% de moins que les hommes. En 1991, cet écart était d'environ un tiers. Un chiffre d'autant plus exceptionnel que les arrêts de travail sont très rares depuis l'instauration en 1937 de la "paix du travail", une convention signée entre patronat et syndicats excluant le recours à la grève au profit de la négociation. "C'est une bonne raison de faire la grève", a déclaré Ruth Dreyfuss, première femme à avoir accédé à la présidence suisse en 1998, sur la radio RTS. Le Forum économique mondial (WEF) a estimé vendredi que les "changements ont été trop lents" en Suisse, appelant le gouvernement et les entreprises à "remédier à cette situation".

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