Isabelle Huppert dans un thriller anxiogène de Neil Jordan — "Greta"

Pierre Vaugeois
Июня 14, 2019

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. C'est naturellement qu'elle décide de le lui rapporter et fait ainsi la connaissance de Greta, veuve hongroise esseulée et un peu mystérieuse dont, a priori, elle ne se méfie pas. Mais Frances n'aurait-elle pas mordu trop vite à l'hameçon? Celle-ci, bien altruiste, part en quête de sa propriétaire et se rend même à son domicile pour lui restituer, restant même pour prendre un café.

Une jeune fille s'en saisit, après une courte hésitation. Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle: d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice: sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. La blanche colombe réagit enfin de façon censée et tente de rompre le contact. Mais la marâtre psychopathe ne l'entend pas de cette oreille et s'accroche à elle comme du chewing-gum, devenant une stalkeuse de compétition face à une victime aussi gourde qu'un lièvre piégé devant les phares d'un véhicule. Pour ne rien arranger, Greta est affublé d'une partition musicale abominable et de dialogues d'une bêtise assourdissante. Recréant une ambiance étouffante et claustrophobe, le réalisateur irlandais signe un film noir et vénéneux dans lequel Isabelle Huppert tire les ficelles avec un plaisir à la fois jubilatoire et communicatif.

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