Le mouvement de contestation déterminé à lutter malgré la répression — Soudan

Claudine Rigal
Juin 8, 2019

Soixante personnes ont trouvé la mort dans la dispersion du sit-in de Khartoum, a annoncé mercredi un comité de médecins proche de la contestation qui réclame le transfert du pouvoir à un gouvernement civil. Des manifestants qui campaient depuis début avril devant le QG de l'armée à Khartoum, où ils réclamaient le départ des généraux au pouvoir, ont été violemment dispersés lundi.

Une alliance de l'opposition et des manifestants soudanais a rejeté mercredi l'offre de reprise du dialogue proposée par les militaires au pouvoir à Khartoum depuis la chute du président Omar El-Béchir.

Le rassemblement s'est néanmoins poursuivi pour exiger le transfert du pouvoir aux civils. L'organisation a par ailleurs appelé à continuer les "marches pacifiques" et à "la grève et à la désobéissance civile jusqu'au renversement du régime".

Le Conseil militaire est "ouvert aux négociations" pour parvenir à une solution "à n'importe quel moment", a dit un responsable du ministère des Affaires étrangères, Hassan Ahmed, devant la presse. Un appel que rejette le mouvement de contestation qui reste déterminé à poursuivre la mobilisation.

Le 31 mai, le Conseil militaire ferme le bureau à Khartoum de la chaîne d'information qatarie Al-Jazeera, qui diffuse régulièrement des images des manifestations.

La journée de mardi a été émaillée de coups de feu des forces de sécurité dans les rues, selon des témoignages d'habitants à travers le pays.

Le Conseil militaire a dit "regretter" les violences de lundi. Mais l'initiative a été bloquée par la Chine et par la Russie. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la Norvège ont estimé que "le peuple soudanais mérite une transition dans le calme, menée par des civils, qui puisse établir les conditions pour des élections libres et justes, plutôt que d'avoir des élections hâtives imposées".

Les rues de la capitale sont en effet sous forte surveillance des forces de sécurité, notamment les rues près du lieu du sit-in, devenu emblématique de la contestation.

Quelques jours avant la dispersion du sit-in, le chef du Conseil militaire au pouvoir au Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhane s'était rendu au Caire, à Ryad et à Abu Dhabi.

Les élections se tiendront sous "une supervision régionale et internationale", a-t-il ajouté, en s'engageant à "garantir les libertés publiques".

Avant le raid, les discussions entre le CMT et les Forces de la liberté et du changement butaient sur la question de savoir qui, des civils ou des militaires, conduirait la transition.

Leurs représentants avaient négocié un accord avec le Conseil militaire de transition et avaient convenu d'une transition de trois ans qui aboutirait à des élections.

Malgré le déploiement massif d'hommes en uniformes et de véhicules des RSF, la contestation a appelé les Soudanais à se rendre dans la rue et dans les mosquées pour prier à l'occasion de l'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du mois de ramadan, malgré une décision des autorités de fixer à mercredi la date de cette fête. Il a affirmé être "ouvert" "aux négociations sans restriction", mettant en avant "l'intérêt national" et appelant à ouvrir "une nouvelle page".

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