Le patron de Renault règle ses comptes avec l'Etat devant ses actionnaires

Xavier Trudeau
Juin 14, 2019

"Le ministre des Finances Bruno Le Maire a assuré jeudi matin que l'État n'avait " pas fait capoter " ce mariage entre Renault et Fiat Chrysler (FCA), juste avant une rencontre à Bercy avec le président du constructeur automobile français, Jean-Dominique Senard".

La firme japonaise, qui a confirmé lundi avoir reçu une lettre de Renault l'informant de son intention de s'abstenir lors de votes relatifs aux changements de gouvernance qu'elle soumettra à son assemblée générale à la fin du mois, a jugé "hautement regrettable" la position du constructeur français.

"Il n'y aura pas de réussite du groupe Renault sans réussite de l'Alliance" avec Nissan et Mitsubishi, a affirmé M. Senard, qui a récemment échoué à mener à bien un projet de mariage avec Fiat Chrysler (FCA) en raison des réticences de Nissan et de l'État français, premier actionnaire de Renault. De fait, une foule de petits actionnaires a rempli le Palais des Congrès, à Paris.

Il s'agissait de la première AG depuis la chute de Carlos Ghosn, embourbé dans une affaire de malversations présumées au Japon.

L'affaire Ghosn aura aussi coûté cher aux actionnaires de Renault.

"J'ai rarement vu un principe de fusion qui pouvait apporter des synergies aussi fortes, et en plus elles n'étaient pas négatives sur le plan social et humain et, au contraire, mett (ai) ent en valeur les plateformes Renault", a-t-il poursuivi.

Mais certains actionnaires reprochent aux administrateurs de Renault de ne pas avoir suffisamment exercé leur vigilance quant à la gestion de Carlos Ghosn.

Renault a annoncé récemment qu'il envisageait des poursuites contre l'ancien patron pour avoir engagé 11 millions d'euros de dépenses suspectes au sein d'une filiale commune avec Nissan, basée auxPays-Bas. En voyant l'abstention des administrateurs de Nissan, l'Etat avait pourtant demandé le report du vote au Conseil d'administration de Renault.

Il a révélé que c'était le ministre de l'Economie Bruno Le Maire qui lui avait "suggéré il y a quelques mois de prendre contact avec les dirigeants de Fiat Chrysler". Bruno Le Maire a annoncé que "les discussions pourront reprendre une fois que l'alliance entre Renault et Nissan aura été renforcée".

Le président de Renault, Jean-Dominique Senard, a taclé à plusieurs reprises Bercy, son actionnaire, lors de son discours mercredi soir devant l'Assemblée générale de Renault. Cependant, le ministre a indiqué que "tant que l'État sera actionnaire de référence de Renault, il jouera pleinement son rôle d'actionnaire de référence". Et 2019 s'annonce bien plus difficile.

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