L'exécutif reste inflexible sur l'extradition, malgré la contestation — Hong Kong

Claudine Rigal
Июня 11, 2019

"C'est une loi très importante qui va permettre de faire triompher la justice et assurera que Hong Kong respecte ses obligations internationales en matière de criminalité transfrontalière et transnationale", a déclaré aux journalistes la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam.

Les autorités tentent de faire voter au Conseil législatif (LegCo, le "Parlement" local) ce texte qui autoriserait les extraditions vers les pays, dont la Chine continentale, avec lesquels il n'y a pas d'accord en ce sens.

Les organisateurs ont revendiqué un million de manifestants, ce qui en ferait la plus importante manifestation en trois décennies, de loin la plus grande depuis la rétrocession en 1997.

Provenant de toutes les couches de la société hongkongaise, une mer de manifestants vêtus de blanc a bravé dimanche la chaleur dans une longue procession au coeur de l'ex-colonie britannique avec un mot d'ordre: défendre l'identité unique de leur territoire face aux ingérences de Pékin. "Ce gouvernement est devenu une dictature". Le gouvernement hongkongais a fait savoir lundi 10 juin qu'il ne pliera pas. "De moins en moins de personnes vont lui faire confiance". Alors que la marche s'était déroulée sans incident, des heurts ont éclaté peu après minuit.

Au terme de l'accord de 1984 entre Londres et Pékin qui a présidé à sa rétrocession en 1997, Hong Kong jouit d'une semi-autonomie et de libertés qui n'existent pas en Chine continentale, et ce en théorie jusque 2047.

L'ex-colonie britannique est cependant depuis une dizaine d'années le théâtre d'une forte agitation politique en raison de l'inquiétude que génère l'ingérence grandissante de Pékin dans ses affaires intérieures, et le sentiment que l'accord de rétrocession n'est plus respecté.

Une frange de la population se méfie de plus en plus des intentions du gouvernement chinois, en particulier sous Xi Jinping, et de l'exécutif hongkongais.

L'échec du "Mouvement des Parapluies", cette énorme mobilisation prodémocratie qui avait paralysé le centre de Hong Kong pendant des semaines fin 2014, a eu pour conséquence de radicaliser une partie de la jeunesse qui ne croit plus aux manifestations pacifiques.

Depuis, nombre de militants pro-démocratie ont été incarcérés, empêchés de se présenter à des élections ou déchus de leur portefeuille de conseiller au LegCo. Il a annoncé, lundi, qu'il ne comptait pas retirer un projet de loi controversé permettant les extraditions vers la Chine, ce, malgré les centaines de milliers de personnes ayant défilé dimanche. Le dernier gouverneur britannique de Hong Kong, Chris Patten, avait estimé que le projet de loi constituait un " terrible revers " pour la réputation internationale de la ville. "Si le gouvernement continue d'ignorer l'opinion de plus d'un million de personnes, comment peut on dire que Hong Kong est un territoire libre", interrogeait dans la soirée Philip Leung, 23 ans, devant le spectacle des affrontements avec la police.

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