La livraison de missiles russes se poursuit — Turquie

Claudine Rigal
Juillet 13, 2019

La Turquie a pris livraison hier d'une première cargaison de missiles russes S-400, faisant fi des avertissements de Washington et prenant le risque de s'exposer à des sanctions américaines, alors que son économie bat déjà de l'aile, et que l'Otan (dont Ankara est membre) n'a pas manqué d'afficher son inquiétude face à cette acquisition.

Ankara et Moscou avaient pourtant été au bord de la rupture en novembre 2015 lorsque des chasseurs turcs avaient abattu un bombardier russe au-dessus de la frontière syro-turque, avant de normaliser graduellement leurs relations pour coopérer notamment sur le dossier syrien.

"Le premier équipement du système de défense antimissile S-400, acquis pour répondre aux besoins de la Turquie en matière de défense aérienne et antimissile, a commencé à arriver à la base aérienne Murted d'Ankara à compter du 12 juillet 2019", a annoncé le ministère de la Défense sur Twitter.

Par ailleurs, une autre source a indiqué à TASS qu'une vingtaine de militaires turcs avaient été formés en mai et juin en Russie à l'utilisation des S-400, et 80 autres doivent l'être en juillet et en août.

Les Etats-Unis estiment en effet que les systèmes russes ne sont pas compatibles avec les dispositifs de l'Otan, dont Ankara est membre. Réagissant à chaud à cette annonce, l'Alliance atlantique s'est dite "préoccupée", a affirmé vendredi à l'AFP un de ses hauts responsables, sous le couvert de l'anonymat. "Le quatrième avion russe transportant des pièces de S-400 a atterri sur la base aérienne de Murted près d'Ankara". Washington a menacé à plusieurs reprises Ankara de sanctions et a déclaré qu'il romprait l'accord F-35 avec la Turquie si le S-400 était acquis.

Mais jusqu'à présent Ankara a rejeté toutes les mises en garde américaines, appelant mercredi encore Washington à ne pas prendre de mesures susceptibles de "nuire aux relations" bilatérales.

"On avait donné le choix au président Erdogan, il a clairement fait le mauvais", ont indiqué vendredi dans un communiqué commun Eliot Engel et Michael McCaul, principaux élus démocrate et républicain à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. Selon Nick Heras, du Center for a New American Security, le système S-400 "change les règles du jeu en ce qui concerne la stratégie de défense antiaérienne de la Turquie". "Ce n'est pas un secret qu'Erdogan veut faire de la Turquie une puissance eurasienne, ce qui suppose trouver un équilibre entre les relations avec la Russie et la Chine d'un côté et les États-Unis de l'autre, a-t-il estimé".

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