Afghanistan : Washington reprend les négociations avec les Taliban à Doha

Claudine Rigal
Août 7, 2019

Un nouveau cycle de discussions, le huitième, doit débuter ce samedi au Qatar entre les Etats-Unis et les taliban afghans, et de hauts responsables le décrivent comme la phase "la plus cruciale" des négociations visant à sortir d'un conflit vieux de dix-huit ans.

L'ONU a de son côté annoncé que juillet a été le mois le plus meurtrier depuis 2017 dans le pays.

En échange de leur désengagement militaire, les États-Unis exigent des talibans qu'ils s'engagent à un cessez-le-feu et coupent tout lien avec le réseau djihadiste Al-Qaïda.

Le président Trump a parlé vendredi de "beaucoup de progrès" réalisés dans les négociations avec les insurgés afghans.

Les attaques disproportionnées des talibans dans les zones urbaines contre les cibles militaires et de sécurité afghanes se sont multipliées en juillet, causant des dommages aux civils, selon la mission onusienne.

Mike Pompeo, le secrétaire d'Etat américain, a déclaré le mois dernier que Donald Trump voulait parvenir à une réduction du nombre des forces américaines de combat déployées en Afghanistan avant l'élection présidentielle de novembre 2020. Chassés du pouvoir par cette intervention, les Taliban mènent depuis une insurrection meurtrière dans le pays.

Un accord initial permettrait de réduire le nombre de soldats américains à 8 000 par rapport à leur niveau actuel de 14 000, le Washington Post signalé. "Notre présence en Afghanistan se fonde sur une série de conditions, et tout retrait sera pareillement fondé sur une série de conditions", ajoute-t-il.

L'accord entre Washington et les talibans ouvrirait en effet la voie à un dialogue "interafghan" entre les insurgés et une délégation gouvernementale afghane. Celui-ci devrait avoir lieu courant août à Oslo, selon des sources diplomatiques.

Cette rencontre, début juillet, s'était conclue par la promesse d'une "feuille de route pour la paix", incluant notamment le retour des déplacés et mentionnant les droits des femmes, dont beaucoup en Afghanistan s'inquiètent qu'ils soient sacrifiés sur l'autel d'un compromis avec les talibans.

"Les négociations seront difficiles, et les talibans devraient savoir qu'aucun Afghan n'est inférieur à eux en termes de religion ou de courage", a-t-il poursuivi.

Un éventuel accord entre Washington et les talibans suscite toutefois des doutes chez les spécialistes. "Al-Qaïda et les talibans auront les mains libres ".

En outre, il laissera irrésolues plusieurs questions épineuses: celle d'un éventuel partage du pouvoir avec les talibans, l'avenir du gouvernement Ghani, mais aussi le rôle de l'Inde et du Pakistan dans le conflit afghan et sa résolution.

Mais d'autres craignent que les États-Unis, pressés de mettre un terme à la plus longue guerre de leur histoire, concluent hâtivement un accord de retrait permettant aux insurgés de retrouver une forme de pouvoir.

" Nous ne faisons pas confiance aux talibans et à leurs engagements", confie Ahmad Jawed, un étudiant de l'Université de Kaboul. Trois jours plus tôt, l'attaque à Kaboul contre un ancien chef des services de renseignement et colistier du président Ashraf Ghani avait fait vingt morts et 50 blessés, la plupart civils.

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