Ankara menace d'une offensive contre les Kurdes, Washington gronde — Syrie

Claudine Rigal
Août 8, 2019

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé mardi que les opérations lancées par Ankara contre la milice kurde syrienne YPG, soutenue par Washington, entreraient dans une "nouvelle phase très bientôt".

Des responsables militaires américains se trouvaient, mardi, à Ankara pour tenter de parvenir à un accord au lendemain de discussions infructueuses.

La Turquie a affirmé dernièrement que si les propositions américaines n'étaient pas "satisfaisantes", elle lancerait une opération en Syrie en vue d'établir une zone sécurisée de façon unilatérale. Une offensive visant la milice kurde des YPG, les unités de protection du peuple.

Peu avant le discours du président turc, le chef du Pentagone, Mark Esper, avait prévenu qu'une offensive turque contre les combattants kurdes dans le nord de la Syrie serait "inacceptable".

Au sujet des négociations en cours sur la création d'une "zone de sécurité", M. Esper a indiqué que Washington tentait de "trouver (avec les Turcs) un arrangement qui réponde à leurs inquiétudes", évoquant des "progrès" sur "certains des points les plus importants".

Mardi, la presse turque a fait état de divergences profondes entre la Turquie et les Etats-Unis sur deux points principaux: Ankara veut une bande de 30 km de profondeur, plus que la formule proposée par Washington, et réclame le contrôle total de cette zone sécurisée dans le nord de la Syrie.

De son côté, Ankara avait renouvelé, lundi, son appel aux États-Unis pour qu'ils cessent de soutenir la milice YPG, considérée comme un "groupe terroriste" et une menace pour sa sécurité nationale.

Or, les États-Unis et d'autres pays occidentaux, comme la France, soutiennent les YPG dans leur combat contre l'organisation État islamique (OEI).

"Si nous ne faisons pas aujourd'hui ce qui est nécessaire, nous serons contraints de le faire demain en payant un plus lourd tribut", a-t-il ajouté lors d'une conférence retransmise à la télévision.

Les relations entre les Etats-Unis et la Turquie se sont dégradées ces dernières années, notamment en raison du soutien de Washington aux combattants kurdes.

En 2018, la Turquie a pris le contrôle de l'enclave kurde d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, après une offensive terrestre et aérienne de deux mois qui a poussé à la fuite des dizaines de milliers de personnes. Ankara attaquera les combattants kurdes dans le nord-est de la Syrie "à la première occasion", a assuré un haut responsable kurde syrien, Aldar Khalil, dans un entretien, lundi, à l'AFP.

Ces dernières semaines, les médias turcs ont fait état de l'envoi de véhicules militaires et d'unités de commandos vers des localités turques à proximité de la frontière syrienne. "Tant que les [zones contrôlées par les YPG] n'auront pas disparu, la Turquie ne se sentira pas en sécurité", a-t-il ajouté.

Selon lui, les groupes kurdes, qui refusent toute présence turque dans cette région, avaient accepté une zone tampon de 5 km de large mais Ankara a refusé cette proposition.

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL