Johnson & Johnson condamné à payer 572 millions $ à l'Oklahoma — Crise des opiacés

Xavier Trudeau
Août 29, 2019

Un tribunal a condamné lundi le groupe Johnson & Johnson à payer 572 millions de dollars à l'État de l'Oklahoma pour sa responsabilité dans la crise des opiacés, première condamnation d'un laboratoire aux États-Unis pour une crise qui a fait des dizaines de milliers de morts par overdose.

"On s'attendait à une amende de 1,5 à 2 milliards de dollars", a souligné Jared Holz, responsable de la stratégie dans le secteur pharmaceutique chez Jefferies.

" La crise des opiacés a ravagé l'Etat de l'Oklahoma". "Elle doit être contenue immédiatement", a poursuivi le juge, fondant son jugement sur une loi contre les " nuisances publiques ".

Le montant fixé par la justice est nettement inférieur à ce que craignaient certains investisseurs et analystes, dans un procès considéré comme devant servir de référence à d'autres litiges liés à la crise des opioïdes au niveau national, et dans lequel le procureur avait réclamé 17 milliards de dollars pour financer la lutte contre l'épidémie sur les 30 années à venir.

" Janssen n'a pas provoqué la crise des opiacés dans l'Oklahoma ", a déclaré Michael Ullmann, vice-président et directeur juridique de Johnson & Johnson. Le groupe a immédiatement fait savoir qu'il ferait appel. Le laboratoire est accusé d'avoir suscité la prescription de ses médicaments via une campagne de promotion auprès des médecins, sous-estimant notoirement les effets d'addiction. Initialement, le patch était prescrit aux malades du cancer pour des douleurs aiguës.

Crise des opiacés aux Etats-Unis : Johnson & Johnson condamné à payer 572 millions de dollars
Crise des opiacés : un laboratoire devra payer 572 millions de dollars à l’Oklahoma

L'industrie " utilisait le terme de 'pseudo-addiction' pour persuader les médecins que les patients qui présentaient des signes d'addiction, par exemple en demandant des doses d'opiacés de plus en plus fortes ou en revenant chez le médecin avant l'épuisement théorique de l'ordonnance précédente, ne souffraient pas réellement d'addiction, mais en fait de sous-traitement de la douleur", a ainsi expliqué le juge.

" La solution, selon le marketing des prévenus, était de prescrire au patient plus d'opiacés", a-t-il écrit dans son jugement.

Avant ce procès, l'Oklahoma a conclu des accords amiables avec la société Purdue Pharma, qui fabrique l'OxyContin, un des plus connus des antidouleurs mis en cause, pour 270 millions de dollars (242 millions d'euros) et Teva Pharmaceutical pour 85 millions, faisant de J&J le seul laboratoire à comparaître. "572 millions de dollars, c'est bien moins que ce que l'on redoutait".

Le jugement pourrait influencer l'avenir des près de 2000 autres plaintes déposées contre les fabricants de médicaments opiacés par diverses juridictions aux États-Unis.

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