La manœuvre de Boris Johnson rencontre une forte défiance — Royaume-Uni

Pierre Vaugeois
Août 30, 2019

Boris Johnson a annoncé, mercredi 28 août, la suspension du Parlement pendant cinq semaines, jusqu'au 14 octobre, soit deux semaines avant la date butoir du Brexit. La très populaire chef des conservateurs écossais, Ruth Davidson, favorable au maintien du Royaume-Uni dans l'UE, a présenté sa démission jeudi. Ce texte exige que " le Parlement ne soit ni suspendu ni dissous à moins que et jusqu'à ce que " le Brexit ait été reporté ou annulé.

Boris Johnson est soupçonné de vouloir empêcher les députés de bloquer un Brexit sans accord, que le gouvernement souhaite mettre en œuvre s'il ne trouve pas de compromis avec l'UE sur les conditions de la sortie britannique le 31 octobre.

Les députés "ont promis de mettre en oeuvre le mandat du peuple, ils ont promis de mettre en oeuvre le Brexit et j'espère qu'ils le feront", a-t-il déclaré à la chaîne de télévision Sky, alors que sa décision de suspendre le Parlement pendant 5 semaines, juste avant le Brexit, a déclenché la fureur des députés opposés à une sortie de l'Union européenne sans accord de retrait. L'action devant cette instance a été commencée par un groupe d'environ 75 parlementaires pro-européens, qui s'opposaient depuis plusieurs semaines à la possibilité d'une suspension, que Boris Johnson n'avait pas écartée.

Le gouvernement de Boris Johnson veut supprimer le "backstop", une disposition consistant à garder tout le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE, faute de meilleure solution, afin d'éviter une frontière physique entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, toujours membre de l'UE, au sud.

"Il n'y a pas d'exemple dans l'histoire moderne où la suspension a été utilisée de cette façon", a dénoncé sur la BBC Gina Miller, une femme d'affaires et militante anti-Brexit ayant engagé un recours devant la justice anglaise. Celui négocié par l'ex-cheffe du gouvernement Theresa May avait été rejeté trois fois par le Parlement britannique. Il lui appartient de choisir entre l'intégrité de la démocratie britannique et la stratégie du fou du Premier ministre. "C'est totalement constitutionnel", a défendu Jacob Rees-Mogg, l'europhobe ministre chargé des Relations avec le parlement. D'autres rassemblements sont prévus durant le week-end, ainsi que mardi, pour la rentrée parlementaire, à l'appel de l'organisation classée à gauche "People's Assembly". De quoi susciter l'indignation de nombreux Anglais - une pétition contre cette mesure a déjà receuilli plus d'un million de signatures - parmi lesquels on retrouve un certain Hugh Grant.

Le parlement doit prendre en considération lors d'un débat toute pétition dépassant plus de 100.000 signatures, et le gouvernement doit y répondre lorsque plus de 10.000 signatures ont été récoltées. Les travaux ne reprenant donc que quinze jours avant la date du Brexit.

Même s'il se livre de la sorte à une forme de vandalisme d'État - un "outrage à la Constitution", selon le président de la Chambre, John Bercow.

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