"Le changement climatique affecte la sécurité alimentaire" — Pour le Giec

Claudine Rigal
Août 9, 2019

Pour le Giec, il est indispensable de revoir la façon dont sont utilisées et cultivées les terres dans le monde pour pouvoir assurer à la fois la sécurité alimentaire des Terriens et la lutte contre le réchauffement climatique, prévient le Giec dans son rapport, approuvé par les Etats mercredi à Genève, et rendu public, ce jeudi.

Pour le Giec, outre les indispensables réductions de gaz à effet de serre, des solutions existent du côté du système alimentaire et des habitudes de consommation, car les changer ne nécessite pas de consommer plus d'espaces.

"Pour mettre fin à la dégradation du climat, nous avons besoin d'un changement rapide et profond du secteur agricole au sein de l'UE, ainsi que de tous les autres secteurs économiques". À 2°C, les risques pour l'approvisionnement alimentaire pourraient devenir "très importants". La température moyenne y augmente plus rapidement (+1,53°C depuis la période dite pré-industrielle) que la température globale, océans compris (+0,87°C). Des passages ont d'ailleurs été ajoutés à la synthèse de 65 pages pour les décideurs politiques, adoptée au terme de cinq jours de discussions entre les 195 pays membres, pour tenir compte du problème des villes et de l'urbanisation galopante.

"Nous devons changer substantiellement la façon dont nous utilisons nos terres", lance Piers Forster, professeur sur le changement climatique à l'université de Leeds.

Le Giec a élaboré différents modèles pour imaginer comment limiter le réchauffement climatique à 1,5°C ou bien en dessous de 2°C par rapport à la période pré-industrielle. Concernant l'agriculture, le GIEC recommande notamment, pour "des bénéfices immédiats et à long terme", une gestion plus durable des terres, en diversifiant les cultures, en optimisant l'usage de l'eau, en développant l'agroforesterie, ou encore en restaurant les tourbières (zones humides qui piègent le carbone naturellement). Ils incluent des mesures d'atténuation basées sur les terres et des changements d'usage, combinant boisement, reboisement, une déforestation réduite et des bioénergies.

Les scénarios nécessitant en revanche des conversions de terres à très grande échelle pour lutter contre le réchauffement pourraient avoir "des effets secondaires indésirables sur l'adaptation, la désertification, la dégradation des terres et la sécurité alimentaire".

"Protéger et restaurer nos forêts" fait partie des "mesures incontournables et urgentes", pour Cécile Leuba, de Greenpeace France.

Si dans les régions pauvres, l'apport en protéines animales est parfois insuffisant, dans les pays riches, il peut dépasser les recommandations nutritionnelles, avec 2 milliards d'adultes en surpoids ou obèses.

Pour le Giec, il faut donc que l'humanité change ses habitudes alimentaires, pour relever le défi auquel elle est confrontée: nourrir davantage de personnes tout en limitant le réchauffement. Actuellement, de "25 à 30% de la production totale de nourriture est gaspillée", souligne-t-il, alors qu'environ 820 millions de personnes souffrent de la faim.

Le rapport souligne l'importance de réduire le gaspillage et l'intérêt pour l'environnement et la santé de régimes moins riches en viande. Ce travail est le deuxième d'une série de trois "rapports spéciaux" du Giec, après celui sur la possibilité de contenir le réchauffement à 1,5°C, l'an dernier, et avant celui sur les océans et la cryosphère (banquise, glaciers, calottes polaires) attendu fin septembre, au moment où l'ONU organisera un sommet sur le climat à New York.

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