Le palais présidentiel pris par les séparatistes après plusieurs jours d'affrontements — Yemen

Claudine Rigal
Août 12, 2019

Le bilan de 40 morts et 260 blessés, dont de nombreux civils, a été annoncé par l'ONU qui s'est inquiétée d'une aggravation de la crise humanitaire au Yémen.

"Il est douloureux de constater que pendant l'Aïd al-Adha, les familles pleurent la mort de leurs proches au lieu de célébrer (cette fête) dans la paix et l'harmonie", a déclaré Lise Grande, coordinatrice humanitaire de l'ONU, dans un communiqué. Depuis mercredi, ces affrontements opposent les séparatistes aux soldats du gouvernement.

Selon des sources militaire et sécuritaire, des combattants séparatistes s'étaient déjà emparés plus tôt dans la journée de trois casernes des forces gouvernementales à Aden, où le pouvoir loyaliste a établi son siège, depuis que la capitale historique du pays, Sanaa, dans le nord, est aux mains des rebelles Houthis.

Le gouvernement du Yémen qualifie de coup d'état l'offensive des séparatistes et accuse les Emirats Arabes Unis d'en être à l'origine. Médecins sans frontières, qui gère un hôpital d'Aden, a indiqué auparavant avoir admis 119 blessés en 24 heures.

Les organisations humanitaires continuent de fonctionner à Aden où 1,9 million de personnes reçoivent une aide alimentaire chaque mois, a indiqué Mme Grande, appelant les belligérants à "tout faire pour protéger tous les civils".

Le port d'Aden est l'une des principales portes d'entrée des marchandises commerciales et humanitaires au Yémen, a rappelé l'ONU.

En raison de la guerre qui fait rage entre les Houthis et le camp antirebelles, le Yémen connaît déjà la pire crise humanitaire au monde.

Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions (soit plus des deux tiers de la population) ont besoin d'assistance, selon l'ONU. Les rues se sont animées à mesure que l'heure avançait et de nombreux habitants sont sortis en famille, selon un correspondant de l'AFP.

Il y avait cependant dans certains quartiers des bâtiments et des véhicules calcinés.

Les circonstances du déclenchement des hostilités restent confuses, mais des responsables séparatistes ont accusé le parti islamiste Al-Islah d'avoir tué un commandant de la force " Cordon de sécurité " qui soutient leur cause.

Le Yémen du sud était un État indépendant jusqu'en 1990.

Les combats à Aden entre éléments séparatistes du "Cordon de sécurité", soutenus par les Émirats arabes unis, et troupes du gouvernement, ont fait au moins 18 morts (combattants et civils), selon des médecins et des sources de sécurité.

Les combats entre séparatistes du sud Yémen et unités gouvernementales, soutenues par l'Arabie saoudite sont venus s'ajouter à la guerre principale.

Mohammed al-Hadhrami, vice-ministre des Affaires étrangères du gouvernement Hadi, a déclaré samedi sur Twitter que "ce qui se passe dans la capitale provisoire d'Aden est un coup d'Etat contre les institutions du gouvernement légitime".

"Nous avons pris le palais aux forces de la garde présidentielle sans combat", a assuré à un porte-parole d'une force militaire séparatiste appelée "Cordon de sécurité" et formée par les Emirats arabes unis.

La coalition dirigée par les Saoudiens a quant à elle appelé samedi à un cessez-le-feu "immédiat" à Aden et à une "réunion d'urgence" des parties en conflit dans cette ville.

Dimanche, le Conseil de transition du Sud (CTS, séparatiste) a indiqué être disposé au dialogue, mais pas " sous la menace", a souligné son vice-président, Hani ben Breik. Les unités loyales au président Hadi sont soutenues par Ryad, tandis que le STC et la force "Cordon de sécurité" sont appuyées par Abou Dhabi.

Des combats entre séparatistes et forces loyales au président avaient déjà fait au moins 38 morts en janvier dernier.

Le Yémen est à présent confronté au risque d'une "guerre civile dans la guerre civile", a estimé dans un rapport le centre de réflexion sur les conflits International Crisis Group (ICG).

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