Matteo Salvini fait tomber le gouvernement — Italie

Claudine Rigal
Août 11, 2019

Depuis ce scrutin, tous les observateurs italiens se demandaient combien de temps Matteo Salvini allait accorder au gouvernement de Giuseppe Conte avant de le faire chuter, fort de sondages qui le donnaient à 36/38 % des intentions de vote, voire plus, lui permettant potentiellement de gouverner presque seul, ou avec l'appui acquis d'avance du parti néofasciste Fratelli d'Italia. Son parti a déjà déposé au Sénat une motion de défiance envers le chef du gouvernement, pour accélérer la chute de l'exécutif.

La tension entre les deux alliés, la Ligue et le M5S, couvait depuis de longues semaines, plus spécialement depuis les élections européennes qui se sont traduites par un triomphe de la Ligue et un échec cuisant pour le Mouvement. "Peu après le vote des sénateurs, témoignant d'un désaccord majeur à l'intérieur de la coalition, Matteo Salvini s'est rendu au palais Chigi pour s'entretenir avec Giuseppe Conte, et lui demander un remaniement gouvernemental, sous peine de provoquer des élections anticipées", raconte Le Monde.

Pour Alfredo Marino, un touriste italien de passage à Rome, "la situation de l'Italie peut être améliorée" et si la Ligue peut le faire, "tant mieux", même s'il s'est dit "de gauche".

Les divergences, elles, se sont multipliées: imposition d'une " flat tax", virage sécuritaire et renforcement de la politique migratoire, et surtout relance de la liaison TGV Lyon-Turin, vieux serpent de mer de l'autre côté des Alpes à l'issue duquel c'est le leader de M5S, Luigi di Maio, qui a perdu la face.

Selon les médias italiens, la Ligue voudrait que les législatives se déroulent dans la seconde moitié d'octobre.

La presse italienne évoque la date du 20 août pour le vote d'une motion de censure au Sénat.

"L'électorat du Nord" riche du pays, qui représente la base sociale de la Ligue, "était très fatigué par ce gouvernement, il ne le supportait plus", a assuré à l'AFP Massimo Franco, éditorialiste du Corriere della Sera.

Le soir, vers 16H00 GMT, les chefs des groupes parlementaires du Sénat se réuniront pour définir le calendrier de cette inédite crise de Ferragosto (le congé du 15 août).

Les crises politiques en Italie ne se produisent généralement jamais en été, encore moins en plein mois d'août, mais Matteo Salvini a estimé que cela n'avait pas d'importance. Aux Européennes, la Ligue a obtenu plus de 34%, le double du M5S, tombé à 17%.

La grande inconnue reste la réaction du chef de l'Etat, Sergio Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des principaux dirigeants politiques avant de convoquer un scrutin. Or M. Mattarella est notoirement opposé à des élections en septembre-octobre, période où le gouvernement doit préparer le budget de l'année suivante, en discuter avec Bruxelles et le faire adopter au Parlement.

Un gouvernement expédiant les affaires courantes n'aurait pas le poids nécessaire pour négocier avec Bruxelles, ce qui pénaliserait l'Italie sur les marchés, alors que les taux italiens ont déjà grimpé après les annonces de Salvini. De nouvelles élections devraient alors être convoquées dans un délai de 50 à 70 jours, selon la Constitution italienne.

Selon lui, "c'est la Ligue qui a imposé" la fin de la coalition "et dans les faits c'est le parti qui a diffusé en premier un communiquén suivi plus tard de celui de Salvini".

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