Record de mobilisation pour réclamer des "élections libres" — Moscou

Claudine Rigal
Août 11, 2019

Si ce rassemblement autorisé mais cantonné à une seule avenue de la capitale russe s'est déroulé sans incidents, plusieurs centaines de personnes ont voulu continuer la manifestation devant l'administration présidentielle, située à quelques centaines de mètres et où les attendait un imposant dispositif policier.

Si ce samedi, l'autorisation délivrée par la mairie de Moscou devrait permettre d'éviter les arrestations massives vues ces dernières semaines, Alexeï Navalny, figure de l'opposition, a néanmoins appelé à une marche en ville après le rassemblement.

Quelques heures avant le début de la manifestation, la police a procédé à l'arrestation de l'avocate et opposante Lioubov Sobol qui a entamé une grève de la faim.

Dans le calme sur l'avenue Sakharov, les manifestants portaient des pancartes sur lesquelles était écrit "Donnez-nous le droit de vote" ou "Vous nous avez assez menti", tandis que d'autres brandissaient des drapeaux russes ou les portraits de militants arrêtés. Il s'agit de la plus grosse mobilisation en Russie depuis le début de ce mouvement de contestation dénonçant l'exclusion des candidats indépendants aux élections locales de septembre. "On ne laisse pas se présenter des candidats qui ont rassemblés toutes les signatures nécessaires".

"J'ai l'impression que le pays est prisonnier et que ses citoyens sont pris en otage (.) Personne ne représente les gens", a déploré Dmitri Khobbotovski, un militant du mouvement "Russie ouverte" de l'ex-oligarque en exil Mikhaïl Khodorkovski. "A 15 heures, 40 000 personnes", a annoncé sur Facebook l'ONG Compteur Blanc, spécialisée dans le comptage de manifestants alors que le précédent rassemblement autorisé par les autorités russes, le 20 juillet, avait rassemblé environ 20 000 personnes. Mais vous savez quoi faire sans moi.

Les autorités municipales ont autorisé la manifestation de samedi contrairement à celle de la semaine précédente qui s'est soldée par l'arrestation de plus de 1000 personnes, parfois dans des conditions violentes. "La Russie sera libre". Si la première manifestation était autorisée, les deux rassemblements suivants ont été interdits et se sont soldés par respectivement 1.400 et un millier d'interpellations. D'autres rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes, comme à Saint-Pétersbourg (nord-ouest) ou à Rostov-sur-le-Don (sud-ouest). La police a prévenu qu'elle serait "immédiatement stoppée".

Jour après jour, la ligne dure choisie par le pouvoir pour faire face à ce mouvement de contestation inattendu, inédit depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012, semble s'affirmer. Depuis la manifestation du 27 juillet, les inculpations pour "troubles massifs" se multiplient.

Le "Fonds de lutte contre la corruption" d'Alexeï Navalny, actuellement emprisonné, est quant à lui visé par une nouvelle enquête pour "blanchiment" d'argent sale et ses comptes ont été gelés.

"Beaucoup de gens sont venus ici aujourd'hui pour demander justice" estime Ramil, jeune manifestant moscovite. La mairie de Moscou, elle, a organisé à la dernière minute un festival de musique gratuit samedi et dimanche dans un parc de la capitale.

Plusieurs musiciens russes de renom avaient, eux, exprimé leur volonté de donner un concert lors de la manifestation, mais les autorités leur ont refusé cette possibilité.

Dans un article titré "Ils veulent du sang", le populaire tabloïd russe Komsomlskaïa Pravda a cité plusieurs personnalités du monde de la culture, notamment des recteurs d'université, mettant en garde contre les manifestations.

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