La justice se prononce sur l'arrestation pour avortement d'une journaliste — Maroc

Claudine Rigal
Septembre 10, 2019

Arrêtés et jugés en même temps qu'elle, son fiancé, le médecin traitant, un infirmier et une secrétaire médicale vont eux aussi rester en prison jusqu'à la prochaine audience, selon les avocats de la défense.

"Ce qui arrive à Hajar Raissouni relève de la barbouzerie, non du code pénal", a déclaré à l'AFP le journaliste Omar Radi, en appelant à "se lever contre ce pouvoir politique qui utilise tous les moyens pour faire taire les gens, et surtout les moyens les plus immoraux et condamnables".

Avortement au Maroc: Des lois du Moyen-Âge - La journaliste marocaine Hajar Raissouni, âgée de 28 ans, a été arrêtée pour "relations sexuelles hors mariage " et "avortement illégal ".

L'intéressée est donc poursuivie pour des faits considérés par le Code pénal comme des crimes, notamment, la pratique de l'avortement de manière régulière, le consentement de se faire avorter par autrui, la participation à cette opération et la débauche, conformément aux articles 444, 450, 454, 490 et 129 du Code pénal. Depuis une semaine, son arrestation est au coeur d'un débat dans les médias marocains et sur les réseaux sociaux. Les associations de défense des droits humains et les féministes sont mobilisés.

Dénonçant une "affaire politique", la jeune femme, qui a été placée en détention après son arrestation le 31 août devant un cabinet médical de Rabat, assure avoir été soignée pour une hémorragie interne.

Lundi, quelques centaines de personnes se sont rassemblées devant le tribunal avant l'ouverture de l'audience pour apporter leur soutien à la journaliste au nom du respect des libertés individuelles.

Le parquet de Rabat a assuré que l'arrestation de Hajar Raissouni "n'a rien à voir avec sa profession de journaliste", qu'elle était survenue dans le cadre d'une surveillance de ce cabinet soupçonné de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse -interdites lorsque la vie de la mère n'est pas en danger. Mais on lui reproche d'avoir eu des relations sexuelles hors mariage et d'avoir avorté.

Au Maroc, les arrestations dans les affaires d'avortement concernent en général les praticiens et très rarement les patientes, selon un communiqué de l'organisation Human Rights Watch (HRW), citant Chafik Chraibi, le président de l'Association marocaine contre les avortements clandestins (Amlac).

"La façon sélective d'appliquer les lois dans notre pays (.) montre le refus de l'Etat marocain de mettre en place un véritable Etat de droit", a estimé l'homme d'affaires engagé Karim Tazi, présent à la manifestation. Sa photo a été placée sur des sièges vides pendant la très officielle conférence de presse hebdomadaire du porte-parole du gouvernement. "Des institutions constitutionnelles, le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), a consacré des mémorandums et des contributions au droit à l'avortement, mais nous sommes face à une institution judiciaire qui emploie un autre arsenal juridique pour pénaliser la journaliste, qu'il y ait avortement ou non", déclare-t-il à Yabiladi à l'issue de sa plaidoirie. En 2018, la justice marocaine a poursuivi 14.503 personnes pour débauche, 3.048 pour adultère, 170 pour homosexualité et 73 pour avortements, selon les chiffres officiels.

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