Nissan : le tombeur de Carlos Ghosn contraint à la démission

Xavier Trudeau
Septembre 10, 2019

Le directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, éclaboussé par une affaire de prime indûment perçue, va prochainement quitter ses fonctions, un départ qui pourrait être officialisé dans la soirée à l'issue d'un conseil d'administration. Les dessous de cette affaire seront connus à ce jour, le lundi 9 septembre, puisqu'un conseil d'administration se tiendra à Yokohama.

Les appels en faveur de la démission de M. Saikawa, qui est survenue après l'arrestation l'année dernière de son prédécesseur, Carlos Ghosn, à la suite de diverses accusations d'inconduite financière, se sont amplifiés après que M. Saikawa a reconnu la semaine dernière qu'il avait reçu des paiements douteux. Selon les médias, Hiroto Saikawa aurait touché 47 millions de yens (environ 400 000 euros) de manière litigieuse en 2013 sous la forme de ces SAR (pour "stock appreciation rights "), un bonus en numéraire correspondant à une plus-value liée à la hausse de l'action de leur entreprise sur une période donnée.

" Sur cette somme, 25 milliards ont été déboursés par Nissan et 10 milliards ont été provisionnés mais non payés", a détaillé Motoo Nagai, le responsable du comité d'audit au sein du conseil d'administration.

Début 2017, Carlos Ghosn s'apprête à transmettre les rênes de Nissan à son dauphin Hiroto Saikawa. En novembre dernier, Carlos Ghosn, alors PDG de Renault, président de Nissan et patron de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, a été arrêté au Japon puis inculpé pour malversations financières.

Mis en défaut dans certains volets de l'affaire Carlos Ghosn, Hiroto Saikawa aurait été au courant, de par sa position, de certaines manœuvres suspectées par la justice nippone.

M. Ghosn, qui est en liberté sous caution et attend son procès, dit qu'il est innocent.

Sauf qu'Hiroto Saikawa aurait aussi profité d'une prime indûment versée.

Son bref mandat a cependant été marqué par des tensions avec Renault, principal actionnaire et partenaire d'alliance de Nissan, et par une chute des bénéfices du constructeur japonais.

M. Saikawa, qui avait déjà reconnu les faits la semaine dernière, a fait une apparition surprise à la fin de la conférence de presse de lundi. "De l'indignation et du ressentiment", avait encore lancé M. Saikawa en novembre dernier. Il s'y était déjà fait remarquer pour sa fermeté à l'occasion de la crise qui avait secoué l'alliance fin 2015, bien décidé à défendre l'autonomie de Nissan face à la " menace " de l'État français. Hiroto Saikawa remercie son mentor et cadet de quatre mois, et s'engage à œuvrer au développement et au " maintien des bons résultats " du constructeur automobile.

Il n'a notamment guère apprécié que M. Ghosn n'assume pas le scandale de contrôles illicites de véhicules au Japon, qui a en partie saccagé l'image de marque de l'entreprise sur son marché national.

Se présentant alors régulièrement devant les médias en parangon de vertu, Hiroto Saikawa n'a eu de cesse de brocarder celui qui l'avait pourtant hissé au sommet. Et au-delà de belles paroles, il n'a pas davantage su établir une relation de confiance avec la nouvelle direction de Renault.

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