Nucléaire : Téhéran a mis en route des centrifugeuses avancées

Claudine Rigal
Septembre 10, 2019

Behrouz Kamalvandi a néanmoins insisté sur le fait que les engagements pris par l'Iran sur la "transparence" de ses activités nucléaires seraient "honorés comme avant".

L'AIEA a également confirmé lundi l'installation par l'Iran de centrifugeuses avancées susceptibles d'augmenter son stock d'uranium enrichi, un nouveau pas dans la réduction des engagements pris par ce pays dans le cadre de l'accord de 2015 visant à l'empêcher de se doter de la bombe atomique.

En date de samedi, l'Iran "avait installé ou était en train d'installer" sur le site d'enrichissement de Natanz 22 centrifugeuses de type IR-4, une de type IR-5, 30 autres de type IR-6 et trois modèles IR-6s, selon les vérifications effectuées sur place par l'agence.

La mise en route de ces centrifugeuses avancées pourrait accélérer la production d'uranium enrichi et augmenter les stocks de l'Iran, qui, depuis juillet, dépassent la limite fixée par cet accord (300 kg) conclu entre la République islamique et le groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne). Selon l'AIEA, il soumet l'Iran au régime d'inspection le plus strict jamais conçu par cette agence onusienne.

Cette mesure, si elle se confirmait, serait une nouvelle étape du désengagement progressif de Téhéran de l'accord de 2015 en riposte au retrait des Etats-Unis, en mai 2018, et au rétablissement des sanctions américaines qui avaient été levées après la négociation du Plan d'action global commun (PAGC ou JCPOA en anglais), le nom officiel de l'accord de 2015. Washington a depuis lors rétabli des sanctions économiques contre Téhéran, qu'il ne cesse d'intensifier, à travers une politique de "pression maximale" destinée à contraindre Téhéran à négocier un nouvel accord qui, selon l'administration Trump, offrirait de meilleurs garanties.

Depuis mai, Téhéran a augmenté ses stocks d'uranium enrichi au-delà de la limite fixée par l'accord, et enrichit désormais ce minerai à 4,5%, niveau supérieur au plafond fixé (3,67%), mais très loin du seuil requis pour une utilisation militaire. Behrouz Kamalvandi a affirmé que l'Iran n'a pas pour l'instant l'intention de porter ses activités d'enrichissement à un taux supérieur à 4,5%.

"Actuellement, nous n'avons pas besoin d'enrichir à 20%, et si le besoin se présente à un moment donné, nous commencerons par augmenter notre stock [d'uranium enrichi à] 4,5%", a-t-il détaillé.

Les échantillons prélevés par les inspecteurs de l'ONU dans ce que le Premier ministre Netanyahu a appelé un "entrepôt atomique secret" à Téhéran ont montré des traces d'uranium que l'Iran n'a pas encore expliquées, ont indiqué à Reuters deux diplomates qui suivent les travaux de l'agence. Londres a jugé samedi "particulièrement décevante" la mise en route des nouvelles centrifugeuses alors que l'Europe travaille "à une désescalade des tensions avec l'Iran".

En visite à Paris, le ministre de la Défense américain Mark Esper a déclaré ne "pas [être] surpris" par la décision de l'Iran, qu'il accuse de "violer" l'accord de 2015. Téhéran affirme au contraire que toutes les mesures prises depuis mai sont "conformes" à ce texte. "Tous nos efforts diplomatiques portent sur cela, et, comme vous le savez, le Président de la République s'y est engagé personnellement", a-t-elle rappelé.

"Nous nous joignons aux autres Etats membres du conseil de l'AIEA désireux d'obtenir un rapport complet dès que possible", a tweeté samedi le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton.

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