Suspense total à la veille du premier tour de l'élection présidentielle — Tunisie

Claudine Rigal
Septembre 19, 2019

Mais le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, dont le candidat Abdelfattah Mourou est donné troisième par ces sondages, a souligné que "seule l'Instance des élections donne les résultats".

Ils arrivent nettement devant Abdelfettah Mourou (11%), Abdelkrim Zbidi (9,4%), Youssef Chahed (7,5%) et Safi Said (7,4%). Au centre de l'avenue Bourguiba se tenaient deux rassemblements de candidats de gauche, Hamma Hammami et Mongi Rahoui. Ce qui fait que, même si samedi est une journée de "silence électoral" pour l'élection présidentielle, la politique continuera. Nabil Karoui se présente en candidat anti-sytème et promet à chaque citoyen santé, éducation, alimentation, logement et eau.

Il incarne les difficultés que devra affronter le prochain président, entre les exigences des bailleurs de fonds internationaux et les difficultés économiques endurées au quotidien par une grande partie de la population. Mais l'abstention, qui se situait à 35% pour le premier tour de la présidentielle en 2014, a été forte lors des derniers scrutins, frôlant les 65% lors des municipales mi-2018. Ce technocrate a été précipité sur le devant de la scène par le président Béji Caïd Essebsi, peu avant la mort de ce dernier en juillet, sans toutefois parvenir à rassembler.

Les demandes de libération formulées par ses avocats ont été jusqu'à présent rejetées.

Ils surfent sur un climat économique qui est le point faible de la révolution tunisienne.

La tenue de l'élection s'est déroulée dans le calme.

La force de cette vingtaine de candidats, c'est certainement de n'avoir pas de passif lié à l'échec relatif de Nidaa Tounès et d'Ennahdha.

L'homme d'affaires emprisonné Nabil Karoui et l'universitaire indépendant Kais Saied, deux candidats "anti-système", ont affirmé dimanche soir être qualifiés pour le 2e tour de la présidentielle tunisienne, se basant sur deux sondages convergents. Son arrestation lui a donné le crédit d'une victime expiatoire d'un système dont il pourrait sortir gagnant dans les urnes.

Selon les derniers pointages, non officiels, ce candidat atypique, qui a toujours ciblé son action en faveur des plus défavorisés, serait loin devant les autres dans les intentions de vote. Il est allé au devant des Tunisiens en prenant les transports en commun et s'est engagé à ne pas siéger au Palais de Carthage. Surnommé "Robocop" en raison de son attitude et sa diction rigides, il a multiplié les déplacements de terrain pour sa première campagne électorale. Le pôle populiste insiste bien sûr sur la nécessité de résorber les inégalités sociales et territoriales, pendant que d'autres familles de candidats préfèrent, au contraire, miser sur le retour de l'ordre ou, pour les islamo-conservateurs, sur les valeurs sociétales ou morales. A la fois audacieux, visionnaire, médiatique et populaire, pour bon nombre d'observateurs, son heure est peut-être venue.

Devant les marches de la Cour de cassation, un bâtiment blanc de quatre étages, ce vendredi aucun soutien, aucune banderole pour Nabil Karoui. La Tunisie, longtemps présentée comme un exemple de démocratie dans le Maghreb, n'a pas le droit de décevoir.

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