Emeutes anti-iraniennes et contre la corruption, 10 morts — Irak

Claudine Rigal
Octobre 4, 2019

"Un manifestant a été tué et deux autres blessés, dont un grièvement, tandis que 25 membres des forces de l'ordre ont été blessés", a indiqué le directeur de la Santé de Zi Qar, Abdel Hussein al-Jaberi.

A cette heure, aucun parti politique ni aucun chef religieux n'ont revendiqué la paternité du mouvement, une rareté dans un pays habitué aux clivages confessionnels.

À Bagdad, des policiers antiémeutes ont tiré à balles réelles sur l'emblématique place Tahrir où ils repoussaient des dizaines de manifestants qui incendiaient des pneus, selon un photographe de l'AFP.

Les forces de sécurité irakiennes ont ouvert le feu, jeudi 3 octobre, sur quelque 4 000 manifestants bravant le couvre-feu instauré à Bagdad et échangé des tirs avec des hommes armés dans plusieurs villes du Sud chiite.

"Le gouvernement doit changer sa façon de gérer les problèmes du pays", a déclaré Ahmed al-Safi, un représentant du grand ayatollah Ali Sistani, figure incontournable jouissant d'une grande influence politique, dans une mosquée de la ville sainte de Kerbala, au sud de Bagdad.

L'Irak vivait hier sa journée la plus sanglante depuis le début mardi de manifestations au cours desquelles 31 personnes ont été tuées, selon le dernier bilan avancé hier soir par l'agence Associated Press, dans des affrontements d'une violence inédite entre protestataires et forces de sécurité. Le gouvernement d'Adel Abdel Mahdi, à la manœuvre depuis onze mois seulement a choisi la manière forte et a fait tirer dans la foule. "Ce dernier ne s'est exprimé jusqu'ici que par communiqué, saluant " la retenue des forces armées " et annonçant le couvre-feu à Bagdad, tandis que son bureau affirmait avoir rencontré des " représentants des manifestants ".

Au moment où la télévision d'Etat diffusait son allocution, des tirs pouvaient être entendus dans l'ensemble du centre de Bagdad.

Face à ces manifestations, les autorités, qui dénoncent des "saboteurs" parmi les protestataires, ont fait le choix de la fermeté.

L'organisation a exhorté Bagdad à "ordonner immédiatement aux forces de sécurité de cesser d'utiliser une force, notamment létale, excessive" et à rétablir la connexion, internet étant toujours coupé dans une grande partie du pays et les réseaux sociaux inaccessibles.

Cela n'a pas entamé la détermination d'Ali, diplômé chômeur de 22 ans qui prévient: "On continuera jusqu'à la chute du régime". Alors, a-t-il dit, que "les dirigeants brassent des millions" dans le douzième pays le plus corrompu au monde, selon Transparency International. Pourquoi les policiers tirent-ils sur des Irakiens comme eux?

Deux manifestants ont été tués hier à Bagdad et à Zi Qar. A plusieurs reprises, la police a aussi tiré à balles réelles sur les manifestants, faisant déjà 16 morts.

Si les manifestants disent redouter la répression, ils dénoncent un ennemi plus dangereux: la récupération politique.

Le très versatile leader chiite Moqtada Sadr - qui a rejoint la coalition gouvernementale mais menace régulièrement de la faire éclater - a demandé à ses très nombreux partisans d'organiser des "sit-ins pacifiques".

Depuis mercredi, les réseaux sociaux ont progressivement cessé d'être accessibles à Bagdad et dans le sud du pays et les manifestants indiquaient ne plus pouvoir communiquer ou poster en ligne des images. Les manifestants n'en démordent pas: ils veulent des services publics fonctionnels dans un pays en pénurie d'électricité et d'eau potable depuis des décennies, des emplois pour les jeunes alors qu'un sur quatre est au chômage, et la fin de la corruption, qui a englouti en seize ans plus de quatre fois le budget de l'Etat, soient 410 milliards d'euros. S'ils le font effectivement et décident de passer la nuit sur les places de Bagdad et du Sud irakien, le bras de fer va se durcir.

Protestataires et policiers sont face à face aux abords de la place, séparée de l'ultrasensible Zone verte - où siègent le Parlement et le gouvernement - par le pont al-Joumhouriya bouclé par les forces de l'ordre.

Le mouvement n'a jusqu'ici pas été suivi dans les provinces au nord et à l'ouest de Bagdad, principalement sunnites, récemment ravagées par la guerre contre le groupe État islamique (EI), ni au Kurdistan autonome.

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