Le financement de la campagne Balladur devant les tribunaux — Affaire Karachi

Claudine Rigal
Octobre 7, 2019

Le 8 mai 2002, une voiture piégée précipitée contre un bus transportant des salariés de la DCNI coûtait la vie à 15 personnes dont 11 Français travaillant à la construction des sous-marins dans le port pakistanais de Karachi. Six hommes sont jugés ce lundi au tribunal correctionnel de Paris dans le cadre de l'affaire Karachi, vieille de plus de vingt ans. Si le versement de pots-de-vins à des agents étrangers étaient alors la règle à l'international - jusqu'à leur interdiction en 2000 -, les rétrocommissions étaient elles proscrites. En analysant cette hypothèse, les magistrats avaient acquis la conviction que les comptes de campagne d'Edouard Balladur avaient été en partie financés par des rétrocommissions illégales à hauteur de 13 millions de francs, soit près de 2 millions d'euros, en marge des contrats de sous-marins au Pakistan mais également de frégates à l'Arabie saoudite.

Les soupçons de versement de rétrocommissions, illégales, prélevées sur les commissions versées à un réseau d'intermédiaires, dit "réseau K", ont émergé au fil de l'enquête sur l'attentat de Karachi.

C'est le premier procès de l'affaire Karachi - celui du volet financier.

L'ancien Premier ministre Edouard Balladur et François Léotard, son ex-ministre de la Défense, ont été quant à eux été renvoyés devant la Cour de justice de la République (CJR), seule juridiction habilitée à juger les membres du gouvernement pour des actes commis dans l'exercice de leurs fonctions.

À la barre, on retrouvera aussi Dominique Castellan, ancien patron de la DCNI, ainsi que les hommes d'affaires Ziad Takieddine et Abdul Rahman Al Assir. L'enquête, qui avait au départ privilégié la piste terroriste d'Al-Qaïda, s'en était éloignée en 2009 pour explorer les possibles liens, non confirmés à ce jour, entre l'attaque et l'arrêt du versement des commissions en 1995, sur l'ordre de Jacques Chirac, nouvellement élu.

D'après l'enquête, un trio d'intermédiaires surnommé "réseau K" aurait été imposé tardivement dans les contrats d'armement afin d'enrichir ses membres et de financer la campagne balladurienne.

Une thèse combattue par l'ancien dirigeant de la DCNI et les intermédiaires, qui affirment que l'intervention du "réseau K" a été décisive pour la signature des contrats, notamment au Pakistan, où la France était en concurrence avec la Grande-Bretagne. Sont en revanche appelés à comparaître Nicolas Bazire, alors directeur de campagne d'Édouard Balladur (nous sommes en pleine campagne pour la présidentielle de 1995), Renaud Donnedieu de Vabres, conseiller à l'époque du ministre de la Défense François Léotard, ainsi que d'autres fonctionnaires de haut rang. Aujourd'hui retraité, il sera jugé pour abus de biens sociaux.

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