Paralysé, il marche grâce à ses pensées

Claudine Rigal
Octobre 7, 2019

C'est une petite révolution! Plus précisément ceux de l'exosquelette auquel il était attaché, et qu'il commandait grâce à une neuroprothèse capable de lire les signaux envoyés par son cerveau pour les transmettre à la machine.

Paralysé des quatre membres depuis une chute il y a quatre ans, Thibault parvient aujourd'hui à diriger par la pensée les mouvements d'un exosquelette, une sorte d'armure motorisée.

Les chercheurs à qui l'on doit ce prototype ont alors imaginé des électrodes directement implantées dans le crâne dans le but de capter les signaux du cerveau pour les traduire ensuite en signaux moteurs. De ce fait, avec l'implant et l'entraînement, le jeune homme a réussi à faire bouger un avatar sur un écran de télévision. Malgré la paralysie des membres, "le cerveau est toujours capable de générer les ordres qui habituellement font bouger les bras et les jambes, mais il n'y a personne qui les exécute", poursuit le spécialiste en neurochirurgie.

Avec le cas de Thibaut, ce patient de 28 ans originaire de Lyon, les scientifiques ont pu montrer qu'il était tout à fait possible de capturer l'activité électrique du cerveau de façon continue tout en la transmettant quasi en temps réel vers un ordinateur ayant pour mission de la décoder. Il a par exemple pu plier le coude, lever les épaules, ou encore avancer sur ses jambes tout en étant maintenu par un harnais fixé au plafond. Ensuite, il s'est rendu pendant trois jours tous les mois à Grenoble pour refaire les mêmes exercices, mais cette fois-ci avec l'exosquelette. "Quand on a eu toutes les douleurs, toutes les souffrances que j'ai pu vivre, je n'ai aucune frustration, ça a toujours été un plaisir de pouvoir participer" à cette recherche.

Pour Thibaut, il a fallu se préparer pendant plusieurs mois à l'aide d'un simulateur après avoir reçu des électrodes implantées dans le cerveau. Pour l'instant, impossible encore de pouvoir saisir des objets avec la main car "cela nécessite des calculs très lourds et des temps de réaction très rapides, sur lesquels on est en train de travailler, en utilisant l'intelligence artificielle ", explique le professeur. "Ce n'est pas du transhumanisme: on répond à un problème médical, un corps humain qui a été blessé et qui a des déficits. On est dans l'homme réparé et pas l'homme augmenté", insiste le professeur, renommé notamment pour ses travaux sur la stimulation cérébrale profonde et la maladie de Parkinson. Il existe bel et bien une méthode similaire pour stimuler les muscles des patients amputés ou paralysés grâce aux pensées, mais il s'agit d'une grande première pour contrôler un robot. Leurs travaux, menés en partenariat avec Clinatec, un centre de recherche biomédicale du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), à Grenoble, sont publiés ce vendredi dans The Lancet Neurology. C'est "le premier système informatique cérébral semi-invasif sans fil conçu (.) pour activer l'ensemble des quatre membres", a déclaré le neurochirurgien Alim-Louis Benabid, qui enseigne à l'université de Grenoble et a co-dirigé le test.

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL