" "L'impact des " cadeaux " aux médecins sur les ordonnances — Industrie pharmaceutique

Evrard Martin
Novembre 7, 2019

C'est une pratique répandue: la plupart des médecins reçoivent des cadeaux de la part des grands laboratoires pharmaceutiques.

Les médecins généralistes français qui reçoivent des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques ont tendance à faire "des prescriptions plus chères et de moindre qualité", révèle une étude de chercheurs basés à Rennes, qui paraît mercredi 6 novembre dans la revue scientifique The British Medical Journal.

Est-ce que les cadeaux qui leur sont offerts par les laboratoires pharmaceutiques influencent les médecins? "En moyenne, le groupe de médecins n'ayant reçu aucun avantage de 2013 à 2016 est associé à des prescriptions moins coûteuses et à plus de prescriptions de médicaments génériques ". C'est l'une des questions soulevée par une étude menée depuis trois ans par des médecins, des enseignants-chercheurs de Rennes 1, de l'INSERM, du CHU de Rennes ainsi que de l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHSP).

Leurs travaux reposent sur le croisement de deux bases de données: la première est le portail Transparence Santé, sur lequel doivent être déclarés tous les "liens d'intérêt " des professionnels de santé, tels que les équipements, repas, frais de transport ou d'hôtel offerts par des entreprises du secteur (laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux, etc.), à partir d'un montant de 10 euros.

"Cette influence, parfois inconsciente chez les médecins, peut conduire à choisir un traitement qui n'est pas optimal, au détriment de la santé du patient et du coût pour la collectivité ", ajoutent les auteurs de l'étude.

Les auteurs de l'étude ont recoupé ces données avec celles issues du Système national des données de santé (SNDS), qui recense consultations, actes médicaux, prescriptions de médicaments et hospitalisations remboursés en conservant l'anonymat des assurés. "Ces résultats observationnels renforcent l'hypothèse selon laquelle l'industrie pharmaceutique peut influencer les prescriptions des médecins généralistes, et offrent un aperçu sur l'étendue de cette influence", explique Benoit Goupil.

La réception de ces cadeaux peut traduire un " appétit pour la nouveauté, une crédibilité dans la promotion, une image favorable des firmes ou encore la croyance dans le médicament comme première solution aux problèmes de santé ".

Les prescriptions de 41 257 généralistes libéraux français pour l'année 2016 ont été passées au crible, afin de rechercher une association entre les avantages reçus (exprimés en valeur totale) et le coût et la qualité des prescriptions. Les autres ont plus tendance à prescrire des médicaments non génériqués, dont certains sont déconseillés par l'Assurance-maladie en raison de leur faible efficacité.

En revanche, " il n'existe pas de différence significative pour la prescription d'aspirine, de génériques d'antidépresseurs ou de génériques d'inhibiteurs de la pompe à protons ", des médicaments anti-acidité. "Il semble peu probable que cet argent soit dépensé à perte et les résultats de notre étude concordent avec les études existantes en faveur d'une influence sur les prescriptions", ajoute-t-il.

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