Macron : l'Otan en état de "mort cérébrale"

Claudine Rigal
Novembre 8, 2019

Il faut "clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l'OTAN", a-t-il ajouté, plaidant à nouveau pour "muscler" l'Europe de la défense, à un mois d'un sommet de l'Alliance prévu à Londres début décembre. "Ce qui s'est passé est un énorme problème pour l'Otan".

Le président français s'inquiète de la "fragilité extraordinaire de l'Europe ", qui "disparaîtra " si elle ne "se pense pas comme puissance dans ce monde ", dans un entretien à l'hebdomadaire The Economist publié jeudi 7 novembre.

" Nous nous sommes engagés pour lutter contre Daech (acronyme de l'organisation État islamique)".

Le chef de l'État s'interroge en particulier sur l'avenir de l'Article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l'Alliance si l'un d'entre eux est attaqué. Ce sera quoi l'article 5 demain? Si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager?

"Parmi les commentaires les plus pessimistes faits récemment par un dirigeant d'une puissance européenne de l'Otan" (The Washington Post), un avis affirmé avec "brutalité" (El Pais), "un pavé dans la mare" (The Irish Times), "les pieds dans le plat" (Le Soir), "des vues sombres" (The New York Times): les propos d'Emmanuel Macron sur l'Otan ont autant surpris dans les rédactions que dans les cabinets gouvernementaux. Le paradoxe, c'est que la décision américaine et l'offensive turque dans les deux cas ont un même résultat: "le sacrifice de nos partenaires sur le terrain qui se sont battus contre Daech*, les Forces Démocratiques Syriennes", estime M.Macron. L'Otan en tant que système ne régule pas ses membres. Et à partir du moment où un membre sent qu'il a le droit de suivre son chemin, qui est donné par les États-Unis d'Amérique, il le fait. Le désengagement des États-Unis - qui "nous tournent le dos" - sur la scène internationale contraint les Européens à "réévaluer la réalité" de l'Alliance atlantique aujourd'hui, juge Emmanuel Macron qui appelle à "rouvrir un dialogue stratégique" avec la Russie.

"Deuxième danger: "les États-Unis qui restent " notre grand allié " mais " regardent ailleurs " vers " la Chine et le continent américain", un basculement sous la présidence de Barack Obama, estime le chef de l'État. Depuis son élection, Donald Trump ne cache pas sa frustration sur la question des dépenses militaires et en privé, le président américain aurait plusieurs fois évoqué l'idée de se retirer de l'Otan. "Nous avons besoin de plus d'expansionnisme, de plus d'investissement".

"Je pense que c'est pour ça que le débat autour du 3% dans les budgets nationaux, et du 1% du budget européen, est un débat d'un autre siècle", a-t-il souligné en référence également aux discussions sur le niveau de contributions des pays de l'UE au budget européen. "L'Europe ne peut pas être la seule zone à ne pas le faire", estime le président en faisant clairement allusion aux investissements massifs des Chinois et des Américains.Pourquoi cette déclaration, publiée dans un journal destiné aux élites internationales, est-elle explosive?

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