"It must be heaven" : Elia Suleiman enchante avec un conte existentiel

Pierre Vaugeois
Décembre 6, 2019

Plus de détails sur Info Chalon. Avec ce prologue évoquant, par son irrespect bon enfant, un épisode contemporain dun Don Camillo palestinien inédit et apocryphe, Suleiman (absent de la scène) donne le ton: à force de prendre les rites, règlements politico-administratifs et autres commandements religieux au sérieux, les Hommes en ont oublié leur sens de lhumour autant que la poésie. La promesse d'une vie nouvelle se transforme vite en comédie de l'absurde. Quant à New York, le ridicule ordinaire sy manifeste par un excès en toute chose: un sur-armement des civils et une pudibonderie maladive traduisant une peur disproportionnée de lautre, donc un individualisme écrasant. Après Le temps qu'il reste (2009), une fable tragi-comique dans laquelle il adressait une déclaration d'amour bouleversante à ses parents disparus et son enfance oubliée, Elia Suleiman, 59 ans, revient avec It Must Be Heaven, mention spéciale du jury au dernier Festival de Cannes, qui interroge la notion d'identité.

Derrière ses grosses lunettes, le réalisateur prend ici les traits d'un personnage mutique, quittant une Palestine qui le suivra telle une ombre, à la recherche d'une terre d'asile, étendant au monde son regard navré devant les tragédies de l'époque et la marche bancale du monde pour mieux moquer ses travers. -, derrière cet être à la fois onirique et réel, ES ne serait-il pas l'alter-ego d'Elia Suleiman? On gardera longtemps en mémoire cette séquence hilarante, suave et innocente du cinéaste contrarié par un petit moineau qui l'empêche d'écrire sur son clavier d'ordinateur.

Aussi drôle qu'incisif, "It Must Be Heaven" est un film singulier à ne pas manquer!

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