Les aveux glaçants de l'ex-prêtre sur ses actes pédocriminels — Procès Preynat

Claudine Rigal
Janvier 15, 2020

Ce mardi, lors de l'ouverture de son procès, il avouait qu'il pouvait agresser " jusqu'à 4 ou 5 enfants par semaine, pendant les camps ".

Les victimes présumées, qui ont attendu des décennies des incidents survenus alors qu'elles avaient entre sept et 15 ans, ont déclaré qu'elles étaient impatientes de confronter enfin l'ancien prêtre. Il réfute encore. Et quand la même victime évoque "plus d'une cinquantaine d'agressions commises en deux ans", le septuagénaire se fâche presque. "Quand je commettais ces actes, c'étaient des gestes de tendresse dans lesquels je trouvais un certain plaisir", a-t-il rajouté, sans sourciller. Mains baladeuses, étreintes forcées, baisers, câlins, mais aussi, pour certains cas, caresses sur le sexe et apposition des mains des enfants sur le sexe de l'adulte chargé de les encadrer ont été décrits.

"L'audience reprend", a annoncé vers 9H40 la présidente Anne-Sophie Martinet face à une salle comble, avec pour fond sonore un rassemblement d'avocats qui manifestaient comme lundi contre la réforme des retraites dans la salle des pas perdus.

"J'ai beaucoup de choses à dire à Preynat et beaucoup de choses me reviennent avec ce procès", a déclaré l'un des plaignants, Pierre-Emmanuel Germain-Thill. Avant de parler de "l'enfer " qu'il a fait vivre à ses parents - les seuls à avoir alerté les autorités ecclésiastiques sur les faits subis par leur fils -, à toute sa famille, "la violence " qui l'habitait, son adolescence "très difficile, très compliquée ".

Pour la première fois, François Devaux, parle aussi de sa "tentative de suicide ". "Je reconnais toutes les agressions dans le cadre du scoutisme mais pas quand il était enfant de chœur (.)". Après ça, j'ai vécu une vie très sombre (...) flirté avec des choses très dangereuses.

Sous l'impulsion de l'association de victimes "La Parole Libérée", Philippe Barbarin, Primat des Gaules depuis 2002, a été traduit puis condamné en mars 2019 à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir informé la justice et maintenu le prêtre en poste dans le diocèse jusqu'en 2015, alors que Bernard Preynat était passé aux aveux devant ses supérieurs dès 1991.

Pourtant, à l'époque, quand ses parents le retirent des scouts suite à ses confessions, il leur en veut en dépit des faits et de la détresse qu'il voit dans leurs yeux.

Quand on est abusé, "on est un pantin dans un corps qui ne nous appartient plus ", dit-il, la gorge serrée.

" On peut faire ce qu'on veut avec un enfant, il suffit qu'il se sente unique... Ce ne sont pas des aveux faciles à faire", a conclu Bernard Preynat. Je ne m'en souviens pas. Mais aujourd'hui, je mesure les conséquences de mes actes, je les regrette et je demande pardon. Les victimes du curé ont témoigné chacune à leur tour des terribles effets des actes commis alors qu'elles avaient entre 8 et 12 ans pour la plupart.

L'ex-prêtre, réduit à l'état laïc (défroqué) au terme de son procès canonique l'été dernier, encourt jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, sont constituées au procès, beaucoup de faits étant frappés de prescription.

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