Les Européens déclenchent une procédure contre Téhéran — Nucléaire iranien

Claudine Rigal
Janvier 16, 2020

M. Rohani a tenu ces propos après l'émotion causée en Iran par la mort de 176 personnes majoritairement iraniennes et canadiennes dans la catastrophe du Boeing 737 de la compagnie Ukraine International Airlines (UIA), abattu il y a une semaine par les forces armées du pays.

Or, si les trois pays dénoncent la posture iranienne, ce sont bel et bien les Etats-Unis qui ont décidé de se retirer de cet accord conclu de longue haleine entre l'Iran, les Etats-Unis, l'Union européenne, l'Allemagne, la Chine, la France, le Royaume-Uni et la Russie.

Le 5 janvier, Téhéran avait annoncé la "cinquième et dernière phase" de son plan de réduction de ses engagements sur le nucléaire, en riposte à la sortie des États-Unis de l'accord en 2018 et au rétablissement de lourdes sanctions américaines qui étranglent son économie.

Ils ont ainsi opposé une fin de non recevoir au président américain Donald Trump, qui les a appelés à sortir du texte et a décrété de nouvelles sanctions contre Téhéran le 8 janvier, après l'escalade militaire déclenchée par l'élimination du général iranien Qassem Soleimani dans un tir de drone américain à Bagdad. Le gouvernement a indiqué n'avoir été prévenu par les forces armées que vendredi.

Les élections législatives prévues le 21 février "doivent (en) être la première étape", a-t-il ajouté dans un discours prononcé en conseil des ministres.

Nous n'avons plus d'autre choix, étant donné les mesures prises par l'Iran, que de faire part de nos préoccupations quant au fait que l'Iran ne respecte pas ses engagements au titre de l'accord de 2015 et de saisir la Commission conjointe dans le cadre du mécanisme de règlement des différends.

Les médias iraniens ont reconnu ce malaise en rendant compte de manière tout à fait inhabituelle des slogans hostiles au système politique de la République islamiques scandés dans les manifestations étudiantes qui ont eu lieu chaque jour à Téhéran entre samedi et mardi.

Sur Internet, s'exprime aussi largement un sentiment de défiance face à des autorités accusées d'avoir cherché à masquer la vérité sur le drame.

"Les gens veulent (être traités) avec sincérité, intégrité et confiance", a dit Hassan Rohani, plaidant aussi pour "l'unité nationale" alors que la contestation semble retomber.

Téhéran avait récemment annoncé ne plus souhaiter limiter ses activités d'enrichissement d'uranium comme l'y contraignait l'accord mais a précisé être prêt à revenir sur cette décision en cas de levée des sanctions économiques.

"J'exhorte les forces armées et (leur) état-major à expliquer aux gens (.) ce qui s'est passé depuis l'accident jusqu'au moment où (la vérité) a été annoncée (.) pour qu'ils comprennent (que l'armée) ne voulait rien cacher", a-t-il ajouté. "S'il y a eu un délai [dans la transmission de l'information], qu'ils présentent des excuses ", a déclaré Hassan Rohani.

M. Rohani a aussi lancé une charge contre les Occidentaux, Etats-Unis en tête, auxquels il reproche d'alimenter l'insécurité au Moyen-Orient par une succession d'"erreurs", comme l'assassinat de Soleimani, les interventions militaires en Irak, au Yémen et en Libye, les sanctions américaines contre le pétrole iranien.

"L'insécurité dans cette région sensible et importante se fera au détriment du monde" entier, a-t-il averti.

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