Le nombre d'arrêts cardiaques et le taux de mortalité ont explosé — Confinement

Evrard Martin
Juin 1, 2020

Une étude portée par l'Inserm et menée par le chercheur Eloi Marijon au Centre de Recherche Cardiovasculaire de Paris (Inserm/Université de Paris) en collaboration avec Daniel Jost (Brigade des sapeurs-pompiers de Paris) suggère que pendant la période du confinement, le nombre d'arrêts cardiaques en région parisienne a été multiplié par deux par rapport à la même période les années précédentes. Les chercheurs analysent les multiples raisons de ce constat, et évoquent les changements de comportement du public, la réorganisation du système de santé, la réduction de l'accès au médecin référent et/ou la réticence de consulter, la crainte de se présenter en service d'urgence, le report des consultations de suivi des patients à risque pré-existant, mais aussi l'augmentation du stress psychologique pendant la pandémie, plus largement la restriction de mouvements et le chagrin dû à la perte ou la maladie d'un proche.

Au cours des six semaines étudiées par les chercheurs, 521 arrêts cardiaques hors hôpital ont été identifiés en région parisienne, soit un taux de 26,6 arrêts pour un million d'habitants.

Concrètement, l'étude remarque que la moyenne de morts par arrêt cardiaque en dehors de l'hôpital en Île-de-France aurait brutalement augmenté pendant les six semaines s'étendant de mi-mars à fin avril et correspondant au pic épidémique. Son objectif est de collecter, à partir d'un système de surveillance en temps réel, des informations sur tous les arrêts cardiaques extra-hospitaliers ayant lieu dans Paris et la petite couronne. Entre 2012 et 2019 à la même période, ce taux était de 13,4 arrêts cardiaques par million d'habitants. Ainsi, "l'arrêt cardiaque extrahospitalier est un marqueur particulièrement intéressant, multifactoriel, qui nous permet d'évaluer en quelle mesure la communauté tout entière a été impactée par cette pandémie", explique Eloi Marijon, cité dans le communiqué. Relevant que le "profil démographique des patients a peu évolué", l'étude suggère que "la prise en charge initiale et le pronostic immédiat de ces cas ont par contre drastiquement changé pendant le confinement".

C'est la principale conclusion de cette analyse, un doublement de l'incidence des arrêts cardiaques hors hôpital, qui s'accompagne d'une forte réduction de la survie- en comparaison de périodes équivalentes sur des années précédentes sans pandémie.

En revanche, poursuit le cardiologue, plus de 90% des arrêts ont eu lieu à domicile, avec des témoins, le plus souvent la famille, qui commençaient beaucoup moins un massage cardiaque, et des secours plus longs à arriver malgré les routes vides.

Parmi les personnes victimes d'arrêt cardiaque devant témoin et/ou admises vivantes à l'hôpital, 299 ont été diagnostiquées positives au Covid-19 ou suspectées d'avoir contracté le virus. Pour autant, les chercheurs remarquent paradoxalement que seul un tiers de ces décès "supplémentaires" serait directement associables au Covid-19. Or des études antérieures ont montré que les personnes qui subissent d'un arrêt cardiaque ont huit fois plus de chances de survivre lorsqu'un témoin leur pratique une réanimation cardio-respiratoire. Or, pendant le confinement, il apparaît que dans certains cas aucun témoin n'a initié un massage cardiaque. Il est "nécessaire de trouver un équilibre " entre la prise en charge de l'épidémie et le suivi des autres malades, notamment par téléconsultation, insiste-t-elle.

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL